L’Allemagne se replie sur son modèle d’austérité

le 09/12/2010 L'AGEFI Hebdo

C’est en 2011 que le mécanisme de disparition du déficit budgétaire entrera en vigueur outre-Rhin.

Comment expliquer l’hostilité de la majorité de la population allemande et du gouvernement aux aides accordées à des pays aux finances publiques déficitaires comme la Grèce et l’Irlande ? Tout simplement par le fait que Berlin n’a nullement l’intention de dévier de sa ligne de conduite : la rigueur, rien que la rigueur.

Le déficit public allemand doit revenir à 3,5 % du PIB cette année et refluer dès 2011 sous la barre de 3 % fixée par le Pacte de stabilité. « Le redressement inespéré de l’économie nous permettra certes d’éviter les abysses prévus, mais il n’enlève rien à la nécessité de réduire la dette de l’Etat » qui atteint les 1.800 milliards d’euros, vient de déclarer Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances, lors du débat budgétaire de 2011. Au programme figure une réduction des dépenses publiques de 11,2 milliards d’euros en 2011 afin de limiter le déficit à 50 milliards l’an prochain. C’est moins que les montants initialement prévus, mais pour la chancelière Angela Merkel, il s’agit toujours d’une « somme incroyable qui nous oblige à poursuivre nos efforts de rigueur budgétaire, dans le respect du Pacte européen de stabilité ».

Pas question donc de poursuivre les plans de relance mis en place lors de la crise de 2009 afin de stimuler la consommation intérieure. Au contraire, parallèlement à la réduction des dépenses, Berlin estime nécessaire d’augmenter aussi les recettes fiscales. De nouvelles taxes, notamment sur le combustible nucléaire et le transport aérien, ont été décidées. Pour les salariés, la cure d’austérité gouvernementale se traduira à partir de janvier prochain par une hausse des cotisations pour l’assurance-maladie.

Au-delà de ce que la chancelière appelle « la responsabilité de l’Allemagne à l’égard de l’Europe », la suppression progressive des déficits publics s’impose aussi outre-Rhin pour une autre raison. En 2011, le nouveau mécanisme de frein à l’endettement entrera en vigueur. Inscrit dans la Constitution, il prévoit la réduction progressive du déficit structurel à 0,35 % du PIB d’ici à 2016. De manière indirecte, la politique de rigueur tracée par le gouvernement allemand s’impose peu ou prou aux autres pays européens dont les dettes souveraines sont mises sous pression dans les marchés financiers.

Ce mécanisme d’effacement des déficits contraint le gouvernement allemand à réduire l’endettement budgétaire de moitié entre 2011 et 2014, d’où la persistance des plans de rigueur au moment où la croissance de l’économie du pays devrait atteindre 3,7 % cette année, un rythme inédit depuis la réunification. La reprise, fondée sur les exportations, a permis de réduire le chômage. Il affecte désormais 7,5 % de la population active, et seulement 3 % à 4 % dans les principaux centres économiques de la partie ouest de l’Allemagne. Un succès dont Angela Merkel compte se servir lors des prochaines élections régionales au printemps prochain.

Intransigeance

Pour l’instant, les perspectives économiques demeurent favorables. Grâce au fort rebond de la demande des pays émergents, les exportations allemandes devraient progresser de 16 % cette année. Rien qu’en septembre, le dernier mois connu, l’excédent commercial allemand s’est élevé à 15,6 milliards d’euros, soit son niveau le plus élevé depuis octobre 2008. L’excédent des comptes courants ressort à 14 milliards. Selon une estimation de l’association des exportateurs, BGA, les exportations allemandes pourraient atteindre 1.000 milliards d’euros pour la première fois l’an prochain. Face aux critiques émises à l’encontre de cet excédent, Berlin reste intransigeant. « Le succès de notre industrie dans l‘export n’est pas la conséquence d’un tour de passe-passe monétaire, mais d’une amélioration de la compétitivité des entreprises allemandes. »

Le gouvernement explique que, depuis 2000, les coûts salariaux n’ont progressé que de 5 % en Allemagne mais de 20 % en Irlande et même de 35 % en Grèce et en Italie. Selon les calculs de l’institut de recherche économique IW, le pouvoir d’achat des salariés allemands n’a guère progressé depuis l’introduction de l’euro. Entre 2000 et le premier trimestre 2010, la hausse des salaires a été de 21,8 %, ce qui correspond quasiment à la hausse des prix, explique l’IW. Le temps où les revenus allemands étaient les plus élevés d’Europe est révolu. En parallèle, l’Allemagne a entrepris une série de réformes comme repousser l’âge de départ à la retraite à 67 ans, baisser l’allocation chômage et plafonner les dépenses de santé, le tout toujours au nom de la lutte contre les déficits publics.

« Les autres pays membres de l’euro doivent comprendre que la solidarité a des limites », n’hésite pas à déclarer le vice-président du groupe parlementaire des chrétiens-démocrates de la CDU au Bundestag, Michael Meister. D’où la demande de Berlin de faire participer les créanciers privés à la restructuration éventuelle de la dette des pays de la zone euro à compter de mi-2013.

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