Dossier Marchés émergents

L’Afrique, nouvelle terre d’accueil du private equity

le 14/02/2013 L'AGEFI Hebdo

L’Amérique latine, avec des pays comme la Colombie, le Pérou ou le Mexique, est aussi une région très ciblée depuis quelques années.

Plus 11 %, ce serait la progression des volumes d’investissement (avec 3,5 milliards de dollars et 32 transactions) de private equity en Afrique en 2012, en hausse pour la quatrième année consécutive, selon le cabinet Preqin, et alors même que le marché nord-africain souffre encore des conséquences économiques de ses « Printemps arabes ». « De plus en plus d’investisseurs s’intéressent à ce continent pour son potentiel de croissance », confirme Vincent Le Guennou, cofondateur du fonds pionnier Emerging Capital Partners (ECP), évoquant le récent investissement, à hauteur de 25 % aux côtés d’ECP, de Wendel dans le fournisseur africain de tours de télécommunications IHS (Nigeria). En effet, sept pays d’Afrique subsaharienne figuraient parmi les dix-sept pays émergents pour lesquels le dernier World Economic Outlook du Fonds monétaire international (FMI) prévoyait une croissance supérieure à 7 % d’ici à 2017. « L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique de l’Est (avec le Nigeria, le Ghana, le Kenya..., NDLR) sont les zones les plus convoitées, avec un appétit qui peut même paraître parfois un peu naïf », note Antoine Dréan, président de l'agent de placement Triago, qui a vu des gérants lever quelques dizaines de millions en un temps record pour des pays jusque-là inexplorés.

Pas d’opérations de LBO

Face à l’hétérogénéité économique des 52 pays composant le continent africain, il existe peu d’acteurs globaux capables de maîtriser les risques propres à la zone dans son ensemble, comme ECP (1,8 milliard de dollars sous gestion), Actis (1,7 milliard), Helios Investment Partners (900 millions) ou le dubaïote Abraaj Capital depuis qu’il a repris les fonds Amundi Kantara (150 millions d’euros) en 2011 et Aureos Capital (1,3 milliard de dollars) en 2012. Carlyle, qui a également fait de l’Afrique une nouvelle terre de conquête ces dernières années, distingue son fonds MENA (Moyen-Orient Afrique du Nord, 500 millions de dollars levés en 2007) de son fonds Afrique subsaharienne, géré depuis Lagos et Johannesburg, en cours de levée pour 500 millions de dollars après un premier dealsur un courtier en matières premières agricoles situé en Tanzanie (Export Trading Group, ETG). Cette faible concurrence « à l’entrée » nécessite d’anticiper très tôt la liquidité à la sortie des investissements.

A part en Afrique du Sud, il n’y a pas d’opérations de LBO (leveraged buy-out) car les croissances sont suffisantes pour espérer des taux de rendement interne (TRI) nets de l’ordre de 25 % sans ajouter de risques supplémentaires sur les entreprises accompagnées via de la dette (souvent très chère en devise locale). En revanche, « l’Afrique vit l’émergence d’une classe moyenne capable de consommer passée de 170 à plus de 350 millions de personnes en vingt ans (selon la Banque africaine de développement, NDLR), ce qui change également depuis peu nos stratégies d’investissement autrefois tournées essentiellement vers l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures », développe Vincent Le Guennou, en évoquant un récent investissement dans une chaîne de restauration rapide au Kenya (Nairobi Java House). « Les développements autour de la téléphonie mobile sont aussi intéressants de ce point de vue », insiste Marlon Chigwende, managing director de Carlyle pour l’Afrique, en évoquant « les investissements de grands industriels comme Vodafone ou Wal-Mart. Outre les biens de consommation, la distribution et les services financiers qui vont avec désormais, la santé, voire l’éducation deviennent également de nouveaux champs d’investigation. »

« L’autre évolution majeure vient d’un nouvel écosystème avec l’ouverture de bureaux de banques d’affaires (EFG Hermes, Lazard, Goldman Sachs, JPMorgan, Rothschild..., NDLR), de conseils juridiques, stratégiques et même en ressources humaines », poursuit Vincent Le Guennou, en citant par exemple Egon Zehnder à Johannesburg. « Pouvoir signer des contrats sur la base d’un droit stable est aussi un élément important à prendre compte », ajoute Marlon Chigwende, en évoquant la possibilité d’investir en minoritaire à condition de bien connaître ses partenaires. « Seul bémol, qui nous a un peu freinés parfois en Afrique : certaines entreprises locales sont encore dépendantes du contexte politique », note Carlos Heneiné, responsable des pays émergents pour Quilvest PE, qui investit en fonds de fonds, en co-investissement ou en direct selon les cas, avec différentes possibilités de partenariats qui permettent de limiter les risques dans les pays moins connus.

Le Brésil déjà encombré

« Après la bulle LBO, les institutionnels occidentaux ont voulu conserver une poche d’investissement en 'private equity', qu’ils ont massivement réorientée vers les pays émergents, notamment vers la Chine, puis le Brésil et donc désormais l’Afrique, confirme Antoine Dréan. La Chine est à l'origine de beaucoup de désillusions. » Concernant le Brésil, ce n’est pas encore le cas. Mais depuis l’émergence en 2009 d’importants fonds locaux (Gavea Investimentos, BTG Pactual, Vinci Partners...) et le retour en 2010 de tous les géants du private equity (Warburg Pincus, TPG, Blackstone via Patria Investimentos, Apax, Silver Lake, KKR, Carlyle... ou encore HIG, 3i et Partners Group plus récemment), les acteurs du secteur reconnaissent que le terrain est aujourd'hui encombré.

Outre le Brésil, le Venezuela et le Chili, où les secteurs matières premières, énergétiques et agricoles notamment, continuent de fournir d’importantes opportunités d’investissements, les nouveaux pays cibles sont la Colombie et le Pérou (Carlyle y a même créé un fonds dédié), où se développe aussi une vraie économie de services. L’Argentine, l’un des premiers à s’ouvrir au capital-investissement dans les années 90, est en revanche délaissée pour des raisons aussi bien économiques que politiques et fiscales. Enfin, le Mexique suscite un intérêt très nouveau : « Ce pays important en taille, dont la croissance rebondit souvent dans le sillage des Etats-Unis, n’a pas vu beaucoup de fonds s’y développer jusqu’à présent, car de nombreux secteurs y sont contrôlés par de grandes familles industrielles », explique Carlos Heneiné. Quilvest PE y a quand même réussi, par exemple, un investissement dans une chaîne de 400 petits supermarchés low-cost (Tiendas BBB), création ex nihilo à l’initiative du fonds qui reprenait un modèle développé avec grand succès en Turquie.

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