L'avis de... Oliver Rakau, économiste chez Deutsche Bank

« L'afflux de capitaux outre-Rhin permet d'éviter une restriction du crédit »

le 20/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Lothar Gries, à Francfort

Les entreprises allemandes ne rencontrent pas de problèmes de financement bancaire. Comment expliquez-vous cette situation ?

Le crédit bancaire aux entreprises s'est accru de 3,6 % au deuxième trimestre, et dans le même temps, il a reculé selon nos calculs dans la plupart des autres pays de la zone euro. L'industrie allemande bénéficie d'une situation plus favorable. La raison en est simple : jouissant dans la crise actuelle d'un statut de « havre de sécurité », l'Allemagne bénéficie d'un afflux de capitaux. Cet argent est déposé dans les banques qui l'utilisent pour financer les entreprises. Grâce à cette manne de capitaux étrangers, les banques allemandes ont pu éviter une restriction de l'octroi de crédit.

Le pays a-t-il une chance d'échapper à la récession cette année ?

Au premier semestre, l'expansion de l'économie allemande s'est poursuivie à un rythme soutenu, grâce notamment à la demande en provenance de l'Asie et des Etats-Unis, alors que l'ensemble de la zone euro est entré en récession dès la fin de l'année dernière. Le second semestre s'annonce plus modeste pour l'économie allemande, en raison de l'affaiblissement de la conjoncture mondiale et d'un ralentissement des exportations vers les pays de la zone euro. Cette détérioration devrait notamment entraîner une baisse des investissements dans les biens d'équipement. Nous avons néanmoins le sentiment que l'activité soutenue dans le bâtiment, en particulier dans la construction de logements, conjuguée à une hausse modérée de la consommation des ménages, devrait permettre à l'Allemagne d'échapper à la récession cette année.

Le gouvernement allemand est-il trop optimiste en prévoyant pour 2012 une croissance du PIB de 0,7 % ?

Je pense que le PIB devrait rester inchangé au second semestre après s'être accru successivement de 0,5 % au premier trimestre et de 0,3 % au deuxième. Pour l'ensemble de l'année, nous prévoyons chez Deutsche Bank une croissance de l'activité économique de 0,8 %. Vu la persistance des incertitudes financières, il n'est pas exclu de traverser un trimestre de croissance négative. Le risque d'un dérapage dépendra aussi de l'évolution de la crise des dettes souveraines. Dans l’ensemble, je suis plutôt optimiste.

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