L'avis de... Etienne Pourny, président de Stelphia Asset Management

« L’activité ne supporterait pas un brusque resserrement budgétaire »

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

A la différence des pays de la zone euro, les Etats-Unis ne s’empressent pas de réduire leur déficit budgétaire et leurs besoins de financement. Faut-il s’en inquiéter ?

Il faut bien voir que le modèle de croissance américain est totalement différent du modèle allemand. Il repose sur la consommation avec un déficit des paiements courants structurel. Les Américains n’attendent rien des autres économies pour assurer leur croissance. Dans ces conditions, ils ne peuvent pas envisager un resserrement brusque de leur politique budgétaire. Leur mode d’action est délibéré et réfléchi : leur modèle de croissance justifie pleinement leur approche. Une autre justification est le poids de l’histoire dans les consciences. Les Allemands ont en tête le traumatisme de l’hyperinflation sous la République de Weimar et considèrent que l’inflation vous échappe au-delà de 2 %. La mémoire des Américains, ce sont les années 30 avec son cortège de défauts bancaires, de contraction du PIB de 20 % en quatre ans, bref de déflation.

Les Etats-Unis assument le fait que le désendettement sera un processus long…

Oui, les autorités américaines savent pertinemment que pour réduire le ratio dette publique/PIB, il faut agir aussi sur le dénominateur. Comme, à l’avenir, la croissance potentielle sera plus faible qu’au cours des années précédentes, il faut stimuler le PIB nominal par l’inflation. Les Etats-Unis - le raisonnement vaut aussi pour le Royaume-Uni - sont en train de s’organiser pour mettre en œuvre ce processus, avec d’un côté un contrôle graduel des déficits budgétaires, et de l’autre des politiques monétaires accommodantes avec le maintien des taux d’intérêt réels à des niveaux bas. C’est le sens de la politique monétaire d’assouplissement quantitatif dite QE2 mise en œuvre actuellement.

A l’avenir, les titres d’Etat américains garderont-ils leur statut de « safe haven » ou faut-il s’attendre à un cataclysme sur la dette américaine ? Existe-t-il un niveau d’inflation supportable pour les marchés financiers ?

Ni l’un, ni l’autre. La Réserve fédérale va devoir organiser et gérer dans le temps une hausse lente et sans à-coup des taux nominaux. Après la Seconde Guerre mondiale, la Banque d’Angleterre et la Réserve fédérale ont absorbé la dette publique grâce à de la croissance bien sûr, mais surtout grâce à une hausse des prix étalée sur plusieurs années. Quant à l’inflation, l’analyse historique montre que les marchés financiers savent évoluer et vivre dans une fourchette de 1 % à 6 %, ce qui exclut la déflation et une progression des prix trop rapide.

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