L’absence de croissance en Italie donne du relief à la dette publique

le 02/06/2011 L'AGEFI Hebdo

L’instabilité politique et un PIB atone ont amené Standard & Poor’s à réviser à la baisse la perspective de la note de la péninsule.

La décision de l’agence de notation Standard & Poor’s d’abaisser la perspective de sa note sur la dette italienne de « stable » à « négative » a pris tout le monde de court et secoué sérieusement la péninsule. Jusqu’ici, l’Italie était tenue à l’écart des pays européens à risque comme la Grèce. Aujourd’hui, elle se retrouve sous les projecteurs, S&P n’ayant pas été convaincue par les perspectives de croissance du pays, ni par la volonté politique de réaliser des réformes destinées à améliorer la productivité. A cela s’ajoute, selon l’agence, la menace d’une instabilité politique, au moment où le président du Conseil Silvio Berlusconi, en plein scrutin municipal, est en perte de vitesse.

Stagnation

Dans la foulée, l’agence de notation a revu à la baisse la perspective de quatre banques, dont Intesa Sanpaolo et Mediobanca, de la Caisse des dépôts et des Postes italiennes, ainsi que de l’opérateur de réseaux électriques Terna et d’une douzaine de collectivités locales. Au même moment, l’Institut des statistiques Istat présentait son rapport annuel dressant un tableau particulièrement sombre du pays. La troisième économie de la zone euro a enregistré le taux de croissance le plus bas de l’Union européenne (UE) sur la dernière décennie, avec un taux moyen de 0,2 % sur la période 2001-2010 contre 1,1 % pour l’UE. Sans compter qu’avec une croissance atone de 0,1 % au premier trimestre, l’objectif annuel de 1,1 % semble bien difficile à atteindre… Cette stagnation de l’économie transalpine s’explique entre autres par le niveau de la dette publique, l’une des plus élevées du monde en valeur absolue. Elle atteint près de 120 % du PIB et contraint depuis des années les gouvernements à des mesures d’austérité.

La Cour des comptes a enfoncé le clou. Selon elle, si le pays veut respecter les critères européens de déficit et d’endettement, le gouvernement devra réduire la dette publique de 3 % par an, soit environ 46 milliards d’euros. « La fin de la récession n’implique pas le retour à une gestion ordinaire du bilan public, elle nécessite au contraire des efforts majeurs par rapport à ceux acceptés jusqu’à présent », indique la Cour. Autrement dit, s’il veut tenir ses engagements face à Bruxelles, prévoyant d’atteindre un quasi-équilibre budgétaire en 2014 avec un déficit à 0,2 % contre 4,6 % du PIB en 2010, le gouvernement de Silvio Berlusconi va devoir remettre la main à la pâte. L’été dernier, il avait adopté une série de mesures impopulaires avec un objectif d’économies budgétaires de 25 milliards d’euros. Rome pourrait présenter à nouveau dès juin un nouveau plan de rigueur triennal portant sur 40 milliards d’euros, selon des sources non officielles.

Austérité budgétaire

« Aucun collectif budgétaire n’est prévu en 2011 », a tenu à rassurer le sous-secrétaire à l’Economie Luigi Casero. De son côté, le ministre de l’Economie Giulio Tremonti n’a cessé de calmer le jeu. « Les comptes publics ont tenu jusqu’à présent... Le travail de ces dernières années n’a pas été un simple exercice comptable ; il a permis de maintenir l’épargne des ménages et la cohésion sociale« , a-t-il souligné, repoussant toute forme de catastrophisme.

Les deux autres agences de notation Fitch Ratings et Moody’s ont confirmé qu’elles n’avaient pas l’intention de baisser la perspective de leur note pour l’Italie. Pour le commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn, « la croissance économique italienne est relativement solide. La situation des comptes publics est en train de s’améliorer et nous n’avons aucune raison de penser que la volonté d’assainir les finances se soit affaiblie ». « La décision de S&P doit être vue comme une piqûre de rappel pour le gouvernement, mais elle n’est guère liée à une détérioration significative des fondamentaux macroéconomiques de l’Italie », conclut Chiara Corsa, économiste chez UniCredit.

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