Jupiter pose ses marques en Suisse pour se développer en Europe

le 07/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Après l’Allemagne et la France, le gérant poursuit son expansion. Au premier anniversaire de sa cotation à Londres, son cours traduit son efficacité.

Edward Bonham Carter, directeur général de Jupiter, se veut philosophe : « Comme le vin, la gestion de fonds s’améliore avec l’âge, explique-t-il. Si vous êtes un gérant expérimenté et que vous possédez encore cette passion, vous tendez à être meilleur, en particulier dans les marchés les plus difficiles. » Créé il y a plus d’un quart de siècle, en 1985, Jupiter, spécialisé essentiellement dans les fonds communs de placement, mandats institutionnels et fonds de placement collectifs, comptabilise 24,8 milliards de livres d’actifs sous gestion (27,6 milliards d’euros) à fin mai, contre 24,1 milliards à fin décembre. Quant à ses résultats 2010, ils font état de 42,4 millions de livres de bénéfices imposables, contre 7,2 millions l’année précédente, signes d’une belle santé de l’entreprise. Ainsi, Jupiter Fund Management fait désormais partie des vétérans de l’asset management britannique. De plus, le gérant de fonds, dont l’expertise s’est bonifiée au fil des années dans les actions long-only, l’absolute return et les obligations convertibles, est aussi de ceux auxquels on est fidèle, même si le gérant de son fonds European Income, Malcolm Millar, quitte maintenant la société, relayé par Cédric de Fonclare : 17 de ses 39 gérants y sont présents depuis plus de dix ans. Un véritable record alors que Jupiter a changé de mains à plusieurs reprises.

Sans précipitation

La société, qui est entrée une première fois en Bourse en 1991, a été rachetée en deux tranches par Commerzbank en 1995 et en 2000. Jupiter a ensuite été reprise par ses dirigeants en 2007 dans un LMBO (leveraged management buy-out) soutenu par le fonds d’investissement américain TA Associates. Nouvelle étape en juin 2010 : Jupiter entre à la Bourse de Londres, dans un climat volatil très imprégné par les élections britanniques, au prix de 165 pence le titre. En février de cette année, l’action est montée jusqu’à 332 pence. Au premier anniversaire de sa cotation, le 22 juin, ses dirigeants, parmi lesquels Edward Bonham Carter, John Chatfeild-Roberts, directeur des investissements, et les gérants Tony Nutt et Philip Gibbs, ont vendu près de 6 % de la société (qui compte en outre Blackrock parmi ses actionnaires, à plus de 10 % du capital depuis le mois de mai) et ainsi levé 62,4 millions de livres.

La société, qui s’est longtemps concentrée sur le marché britannique, a recruté il y a cinq ans un responsable international, Kevin Scott, afin de s’étendre en Europe continentale. Jupiter a d’abord ouvert un bureau à Munich en Allemagne, puis s’est associé sur le marché français, en février 2010, avec Alfi Partners, spécialiste de la promotion des produits d’investissement (third party manager). Edward Bonham Carter estime que la France pourrait procurer à terme un milliard d’euros sous gestion. Le groupe, qui a l’ambition de se développer encore plus profondément en Europe, a également commencé à travailler sur le marché Suisse. « Nous n’avons pas l’intention de multiplier les implantations et d’être immédiatement présent dans quinze pays à la fois, prévient Kevin Scott, directeur exécutif en charge de l’international. Nous voulons prendre le temps nécessaire et approcher chaque marché de la bonne manière. Donc notre objectif sur le court terme est d’approfondir les relations dans les marchés allemand et français, puis de poursuivre notre implantation en Suisse où nous avons déjà enregistré des fonds et où nous avons aussi des clients. Ces trois pays présentent un certain nombre de similarités en termes d’achats d’actifs et nos produits sont susceptibles de plaire au marché helvétique. »

L’Asie à long terme

Parallèlement à l’expansion européenne, Jupiter entend aussi renforcer son offre : sous la houlette de son gérant Miles Geldard, deux nouvelles stratégies, une Sicav Global Convertibles et une autre Strategic Return, ont été lancées afin de mieux coller aux besoins du marché européen. Le gérant entend par ailleurs développer ses fonds régionaux, à l’image de son fonds indien, où il constate de nombreuses manifestations d’intérêt. « Le lancement de nouveaux produits et notre expansion géographique font partie de notre stratégie mesurée. Alors que beaucoup de gérants se mobilisent en Asie, nous préférons dans un premier temps concentrer nos efforts sur l’Europe continentale, plus accessible pour nos gérants basés au Royaume-Uni, relève Edward Bonham Carter. Cependant, nous avons un bureau à Singapour et nous développons des relations sur place, puisqu’à plus long terme, l’Asie a clairement un grand potentiel. »

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