Un homme, une équipe

Julien Chartier aide gestionnaires et BFI à exploiter Solvabilité II

le 29/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Surfant sur la complexité de la directive européenne, ce consultant chez Optimind répond aux interrogations des maisons de gestion.

Julien Chartier aide gestionnaires et BFI à exploiter Solvabilité II

Il a le regard souriant et manie la langue française dans un style choisi. Actuaire de formation Julien Chartier, manager au sein du cabinet actuariel Optimind, est venu au conseil poussé par la faillite de Lehman Brothers. Après avoir œuvré sept ans au sein du groupe Natixis (alors CDC puis Ixis), en qualité de structureur en stratégies de couvertures des risques d’assureurs, il quitte en 2008 une banque de financement et d’investissement (BFI) touchée de plein fouet par la crise des crédits subprime. A 30 ans à peine, doté d’une connaissance fine du secteur des assurances, « je décide de m’orienter vers le conseil et intègre les rangs d’Optimind, en 2010 », retrace-t-il. Une seconde carrière où le jeune homme prend à bras-le-corps le décryptage de la réglementation Solvabilité II qui impacte l’ensemble du secteur des assurances, cible d’Optimind, en adaptant au mieux les fonds propres de ces acteurs avec les risques qu’ils portent. « J’avais une culture de la ‘juste valeur’, principe fondamental de cette directive européenne quant au calcul des postes du bilan des compagnies, développe Julien Chartier. Ma mission était alors de réaliser la cartographie des risques de nos clients et de produire les états réglementaires. » La quantification des risques s’effectue sur la base de la communication financière de la compagnie, de ses données de gestion et de rencontres avec les responsables clés de la société. « Cette méthode de quantification s’effectue selon une série de sensibilité : en cas de survenance d’une catastrophe (tremblement de terre…), il faudra en déterminer les impacts sur le bilan de l’assureur, précise-t-il. Une fois les informations collectées, nous proposons les solutions ad hoc avec une approche ‘juste valeur’ imposée par Solvabilité II. » La gouvernance des risques est également passée au crible. « Tant au niveau des métiers opérationnels que de la direction des risques et la direction générale, ajoute-t-il. Il nous faut déterminer qui encadre l’ensemble de ces métiers et comment sont prises les décisions, que ce soit au niveau de la tarification, du provisionnement, de la gestion des sinistres ou des primes », égraine Julien Chartier. Un point central car Solvabilité II souligne aussi l’importance de la bonne gouvernance dans la gestion du risque de l’assureur et dans l’efficacité de la supervision.

Déterminer les risques

Des arcanes bien complexes à dénouer, qui ont provoqué un déclic chez Julien Chartier. « Je me suis dit qu’il fallait offrir aux sociétés de gestion et établissements bancaires nos compétences afin de les accompagner dans le décryptage des nouvelles attentes des assureurs et travailler ensemble à l’élaboration de solutions financières spécifiques », relate-t-il. C’est ainsi qu’est lancée début 2011 l’offre Financial & Asset Management (FAM). La première mission est celle d’un asset manager confronté aux nouvelles contraintes du reporting de ses fonds et mandats souscrits par un assureur. La transparence accrue des OPCVM pour refléter les risques de marchés auxquels sont exposés les actifs d’un portefeuille est une démarche résolument nouvelle pour les maisons de gestion. « Jusqu’à présent, le ‘reporting’ relevait d’une démarche essentiellement comptable, explique Emmanuel Berthelé, consultant senior et practice leader modélisation prospective. Aujourd’hui, les problématiques de modélisation (projection) sont davantage prises en compte. » Cet actuaire entré chez Optimind il y a six ans travaille depuis 2008 sur Solvabilité II. Un travail de titan. « J’interviens principalement auprès de Julien Chartier sur les modèles de gestion des risques, poursuit-il, notamment sur les problématiques quantitatives liées à l’Orsa (Own Risk and Solvency Assessment, NDLR) pour lequel chaque entreprise d’assurances doit évaluer ses besoins de fonds propres en tenant compte de son profil de risque spécifique et de ses limites. » Tableaux excel et modèles ALM (asset liability management) sont ses outils quotidiens qui permettront la sélection de stratégies de couverture. « J’apporte pour ma part mes connaissances financières aux assureurs mais également aux gérants, expose Axel James, ancien structureur sur les dérivés de taux et de fonds dans la salle de marché d’une BFI française. Pour les premiers, nous les accompagnons sur la mise en place et la réalisation des calculs du SCR (Solvency Capital Requirement, NDLR) de marché nécessaire au regard de leurs positions. Quant aux gestionnaires d’actifs auprès desquels a été externalisée la gestion d’une partie d’un portefeuille, nous leur apportons une vision assurantielle. Ces maisons de gestion ne connaissent pas la consommation de capitaux réglementaires induites par la gestion vendue auprès de leurs investisseurs (assureurs…). Nous travaillons sur les moyens d’abaisser le niveau de fonds propres requis comme le recours à des dérivés ou à des stratégies gestion tel le ‘stop loss’ (ordre de vente déterminé à partir d’un seuil de déclenchement, NDLR), par exemple, afin de limiter les pertes financières potentielles. » « Il s’agit de passer en revue la boîte à outils déjà existante proposée par les ‘asset managers’ et les banques de financement, permettant de modifier la structure du risque », définit avec humilité Julien Chartier.

Missions multiples

Parce que le modèle de gouvernance de Solvabilité II entraîne des responsabilités nouvelles en gestion des risques, tant chez les assureurs que chez leurs partenaires financiers, Laurence Basset, consultante senior risk management audit et contrôle interne, décline également son expertise au sein de l’offre FAM. « La mise en place d’une politique de gestion des risques transversale et intégrée constitue un enjeu majeur dans le cadre de la conformité réglementaire », rappelle-t-elle. Un audit de contrôle interne sur place lui permet de faire le point sur la politique et les moyens mis en œuvre. Bien souvent, la gouvernance n’est pas formalisée et les décisions finales sont entre les mains d’une seule personne. Un retour à la culture de l’écrit est indispensable. « Il est nécessaire de rédiger des procédures, de définir l’organisation ou encore la coordination des ‘reportings’ à destination des instances de supervision, développe Laurence Basset. Lorsque les actifs sont externalisés, nous procédons à une revue (‘due diligence’) et auditons la maison de gestion sélectionnée, notamment sur ses processus de gestion du risque, pour s’assurer que l’activité de gestion s’opère dans un cadre sécurisé. »

En somme, les missions sont multiples. Ainsi, les gestionnaires historiquement en contact avec les départements de gestion d’actifs des assureurs « le sont aujourd’hui avec les équipes de gestion ALM (actif/passif, NDLR) de plus en plus impliquées, souligne Julien Chartier. Or les cultures et les langages sont différents. Nous offrons ainsi aux gestionnaires de les former et les conseiller sur les attentes et les compétences de leurs nouveaux clients ». C’est certain, les exigences imposées par Solvabilité II sont sources d’opportunités.

L'équipe

Axel James, 35 ans, consultant senior

Julien Chartier, 32 ans, responsable de l’offre FAM (Financial & Asset Management)

Laurence Basset, 29 ans, consultante senior risk management audit et contrôle interne

Emmanuel Berthelé, 30 ans, consultant senior et practice leader modélisation prospective

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