Jim Leaviss, chef de file de la gestion obligataire de M&G

le 13/06/2013 L'AGEFI Hebdo

A la tête de l’équipe dédiée aux fonds ouverts, il s’impose comme un personnage charismatique aux convictions solides.

Avec ses 174 milliards d’euros d’actifs investis dans les marchés obligataires, ses innovations (premier fonds ouvert d’obligations d’entreprises au Royaume-Uni en 1994, premier fonds ouvert high yield en 1998), huit portefeuilles ouverts dédiés au fixed income, c’est peu dire que M&G s’impose aujourd’hui comme une figure incontournable de l’industrie obligataire européenne. Récemment, la société a contacté ses clients basés au Royaume-Uni afin de ralentir la collecte dans deux de ses fonds obligataires gérés par Richard Woolnough (près de 16 milliards d’euros d’encours en mars 2013).

Jim Leaviss, à la tête de l’équipe des fonds ouverts, est devenu une référence dans le milieu. A son arrivée en 1997, ils étaient trois ; ils sont dix-sept aujourd’hui et gèrent 40 milliards d’actifs. L’un des fonds dont il a la charge, le Global Macro Bond, affiche une performance de plus de 60 % sur les cinq dernières années, dépassant de 6 % la performance moyenne des autres fonds comparables. Ses avis et prises de positions, parfois iconoclastes, souvent tranchés, toujours discutés en interne, font autorité.

Les raisons de ce succès ? La force de l’analyse du crédit, la mise en avant des convictions personnelles et l’importance du contrôle des risques. Un triptyque gagnant que Jim Leaviss n’a de cesse de mettre en avant. « Nous avons un pôle de recherche crédit comme il en existe peu dans le secteur », confirme Stefan Isaacs, l’un des gérants. A Londres, l’équipe travaillant pour Jim Leaviss et ses collaborateurs compte environ 30 salariés, un chiffre qui donnerait des ailes à plus d’un gérant obligataire. Les valeurs financières, industrielles, les pays, les ABS (asset-backed securities), les situations spéciales (restructurations…) sont couverts chacun par des équipes dédiées. Rien que l’industrie en mobilise une dizaine. Au total, plus de 800 entreprises sont passées au crible sur l’ensemble du Vieux Continent. « Je passe 80 % de mon temps avec la recherche du crédit 'corporate', renchérit James Tomlins, gérant spécialisé dans le high yield. On travaille ensemble, et cela va bien au-delà des réunions qui peuvent se tenir régulièrement. Il y a un échange permanent, une flexibilité de tous. » Une autre équipe de la même taille opère à Chicago et couvre l’Amérique. Pour Stefan Isaacs, cette puissance de feu de l’analyse crédit est un élément essentiel de la spécificité de M&G sur le marché obligataire. « C’est un parti pris stratégique qui sera d’autant plus payant lorsque le ‘stock-picking’ fera son retour. »

Jusqu’à présent, elle a permis à M&G d’évaluer rapidement les dossiers et de se forger une opinion indépendamment de celles données par les agences de notation. Ce fut le cas en 2007 lorsque les équipes pointèrent du doigt le risque bancaire jugé trop élevé. Les positions des valeurs financières furent aussitôt allégées dans la majorité des portefeuilles, et ce longtemps avant que les agences de notation ne réagissent. Plus près de nous, les positions prises par M&G depuis un an sur les obligations high yield se distinguent du consensus de marché. Alors que les obligations « BB » pèsent en moyenne 65 % des portefeuilles high yield dans le secteur, ce chiffre tombe à 17 % dans l’European High Yield Bond (108 millions d’euros d’encours, géré par James Tomlins). Et ce au bénéfice des papiers notés « B » qui pèsent près de 56,5 % du portefeuille. En 2012, ce fonds a affiché une performance de 26 %.

Gérant responsable

C’est cette liberté dans leurs choix et la capacité à les assumer que défend avant tout Jim Leaviss. C’en est devenu un adage : « Le gérant est payé pour être responsable de son fonds, pas pour appliquer les choix d’autrui. Il faut avoir des convictions. Sans convictions, on ne peut pas faire mieux que les autres », explique-t-il.

Dans le groupe des gérants, chacun exprime ses positions : certains sont positifs sur l’Europe, d’autres le sont moins. D’un fonds à l’autre, les positions ne sont pas toujours les mêmes. La plupart des durations se sont raccourcies, les gérants étant devenus méfiants, seul un fond continue, vent debout, à conserver ses durations longues. « La décision appartient au gérant. Nous les laissons tranquilles », répond Jim Leaviss. « C’est un style de management qui fait la différence, ajoute James Tomlins. Dans le monde des fonds ouverts, les investisseurs vont vouloir rémunérer le flair et l’expertise, contrairement aux institutionnels plus focalisés sur la 'tracking error' (la marge d’erreur d’un fonds par rapport à son indice de référence, NDLR). Pour cela, il faut avoir de la liberté. »

Jim Leaviss est d’ailleurs contre le fait de gérer un portefeuille en fonction des indices. « Ils sont dangereux, ils surpondèrent les plus gros emprunteurs. Si un gérant ne croit pas à une valeur, il ne doit pas miser dessus, il n’y a pas lieu de sous-pondérer par rapport à une référence. » Même si personne ne l’avoue ouvertement, cette liberté de ton joue sans doute un rôle clé dans l’attachement des gérants à la société. Leurs expertises sont différentes, les passés professionnels aussi, l’un s’est essayé à la politique, un autre a voyagé, leurs vues sont parfois antagonistes mais tout cela fonctionne. Mieux, cela contribue à la marque de fabrique de l’équipe. « A l’image du succès de notre blog www.bondvigilantes.com, nos clients reconnaissent l’absence de complaisance de nos prises de positions », affirme Markus Peters, investment specialist.

Contrôle des risques

Solidité de l’analyse et mise en avant des convictions personnelles : le tableau serait incomplet sans un dernier pilier, celui du contrôle des risques, « une des pièces maîtresses du puzzle », selon un des gérants. Une fois par mois, les portefeuilles sont disséqués par une équipe de cinq collaborateurs indépendants qui n’ont aucune relation hiérarchique avec Jim Leaviss. Tout y est détaillé, les notations de crédit, la duration, les positionnements sectoriels. La logique du gérant est passée en revue. Ses convictions doivent se traduire dans son portefeuille. Des tests de résistance sont menés. Comment se comporte le portefeuille en cas de hausse ou de baisse de 100 points de base du marché ? Comment se comporte-t-il au cas où arriverait un second Lehman Brothers ? « Cela nous apprend beaucoup, un bon gérant doit bien gérer le risque, confirme James Tomlin. On doit toujours savoir très exactement à quels risques on est exposé. Il n’y a rien de pire que de devenir un vendeur forcé. »

L'ÉQUIPE

Ana Gil,investment specialist

James Thompson,fund managers’ assistant

Jim Leaviss,head of retail fixed interest and fund manager

Anthony Doyle,investment specialist

Richard Woolnough, fund manager

James Tomlins,fund manager

Gordon Harding,investment specialist

Mike Riddell,fund manager

Nicolo Carpaneda,investment specialist

Stefan Isaacs,fund manager

Markus Peters,investment specialist

Matthew Russell,fund manager

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