Entretien avec... André Sapir, économiste, professeur à l’Université Libre de Bruxelles

« Je vois monter l’idée d’un volet croissance »

le 10/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Propos recueillis par Florence Autret, à Bruxelles

Depuis deux ans, les décisions européennes suivent surtout les lignes rouges allemandes. Cela peut-il changer ?

Il y a une approche allemande de la crise, centrée sur l’endettement. Les dirigeants allemands ne voient pas comment une telle crise ne nécessite pas un désendettement de l’ensemble des acteurs. C’est là que se situe leur différence avec ceux qui ont une vision plus keynésienne. Selon Keynes, lorsqu’il y a des acteurs privés en phase de désendettement, cela pose un problème qui exige que les acteurs publics fassent l’inverse. En somme, je suis d’accord avec cette notion de ligne rouge allemande, même si certaines lignes se sont déplacées en fonction des événements.

Y compris ce parti pris de désendettement ?

L’Allemagne pourrait accepter des mesures de court terme si on maintient le cap sur les réformes structurelles, ce qui sera peut-être difficile pour le prochain président français. Depuis deux ans, il y a une discussion sur le dénominateur du ratio dette/PIB. Il y a eu la lettre sur la croissance et les réformes structurelles cosignée notamment par Monti, Rajoy et Cameron cet hiver. Cette lettre est ressortie et vient s’ajouter aux problématiques portées par François Hollande en France. Dans les semaines à venir, on va voir se mettre en place une stratégie à deux jambes : des réformes structurelles avec des mesures de plus court terme, comme l’augmentation du capital de Banque européenne d’investissement. Les deux camps vont se rejoindre.

Va-t-on rouvrir le débat sur la définition de la règle d’or et la comptabilisation de certaines dépenses publiques d’investissement ?

On n’échappera pas à cette discussion. Mais elle est difficile en elle-même et plus encore au niveau européen, car elle appelle un contrôle important sur les dépenses.

Peut-on renégocier le traité fiscal ?

Je ne pense pas. Je vois plutôt monter l’idée d’un volet croissance, qui ne soit pas inscrit dans ce traité, avec des mesures structurelles et de relance.

Peut-on tenir le rythme impératif de réduction des dettes inscrit issu de la réforme du Pacte de stabilité ?

Il faut utiliser la flexibilité prévue dans les règles. La question est de savoir s’il y a un accord politique pour ce faire. Est-il raisonnable de sanctionner l’Espagne en 2013 parce qu’elle ne respecte pas son objectif de consolidation budgétaire, alors même qu’elle a 25 % de chômage ?

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