L'homme clé - Didier Le Menestrel, président de Financière de l’Echiquier

« Je souhaiterais avoir une équipe d’incubation pour racheter des petites sociétés de gestion »

le 29/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Le 2 septembre, Financière de l’Echiquier a eu 20 ans. La veille, son fondateur, Didier Le Menestrel, est parti parcourir, pendant un mois, les 600 derniers kilomètres de son chemin de Saint-Jacques de Compostelle. A 51 ans, il assouvit sa soif d’aventures. « C’est un grand rêve avec une forte dimension spirituelle, après des projets plus terre à terre comme l’ascension du Kilimandjaro et mon premier marathon », déclare le président de la société de gestion. La tempête boursière a pourtant perturbé son périple. « La violence des mouvements récents m’a juste obligé à faire un aller-retour imprévu à Paris pour réaffirmer nos convictions, tempère-t-il. La bonne nouvelle, c’est que l’expérience de 2008 est encore dans les mémoires et permet d’avoir des repères partagés. L’équipe de gestion sait ce qu’elle doit faire et, depuis ce court intermède, je n’ai pas dérogé au rythme prévu : je consulte mon BlackBerry une fois par jour seulement ! »

15 milliards d’encours pour 2015

Début août, il avait dû interrompre son voyage sur l’Ile de Pâques. « Je suis rentré pour dire aux équipes de ne pas céder à la tentation de vendre, sauf pour arbitrer », explique ce président globe-trotteur qui se défend d’être indispensable. « Je n’ai pas baptisé mon entreprise Le Menestrel Gestion, dit-il. Je peux lui donner une impulsion sans être présent tous les jours. Même la gestion d’Agressor (le fonds phare, avec 24 % des encours, qu’il a créé, NDLR) fonctionne sans moi. » D’autres veillent au grain. A commencer par son beau-frère Christian Gueugnier, le cofondateur de cette maison de 90 salariés, dont 24 gérants et analystes. En charge des finances et de l’administration, il préside aussi Weber Investissement, leur holding commune qui contrôle 57 % du capital de Financière de l’Echiquier (le reste étant détenu par les salariés). La direction générale de la société de gestion est assurée par Stéphane Toullieux, et Marc Craquelin chapeaute la gestion collective. Didier Le Menestrel conserve la main sur la déontologie, la communication et la stratégie.

Avec 75 % de ses actifs investis dans les marchés actions, Financière de l’Echiquier enregistre des performances annuelles négatives au 23 septembre sur tous ses fonds et une collecte 2011 ramenée à 558 millions d’euros à fin août, après 221 millions de retraits nets dans le mois. Les encours gérés ont ainsi reculé de 5,23 milliards à 4,7 milliards d’euros entre fin mars et le 31 août. Leur niveau reste toutefois bien supérieur à ceux de mars 2009 (2 milliards d’euros) et la boutique vise désormais 15 milliards en 2015, dont 10 % de fonds obligataires, contre 3 % aujourd’hui. « Nous avions déjà formulé en interne cet objectif avant la crise, après avoir connu une accélération de notre activité et atteint 7 milliards d’euros d’encours. Aujourd’hui, nous pensons entrer de nouveau dans un cycle dynamique, estime Didier Le Menestrel, qui vise « pour 2015 un chiffre d’affaires de 200 à 250 millions d’euros », contre 100 millions en 2010. La société veut notamment croître auprès des clients institutionnels pour lequels elle a embauché Olivier Maestracci, venu d’Invesco, et s’ouvre de nouveaux horizons.

Après deux expériences malheureuses de croissance externe (le rachat de France Finance 4 en 1997 et la fusion avec EBFP en 2002), Financière de l’Echiquier a pris l’an dernier 10 % de Philéas Asset Management, une boutique long/short actions. « Je souhaiterais avoir en 2012 une petite équipe d’incubation pour racheter des petites sociétés de gestion ou prendre des participations dans leur capital ou dans leurs fonds, annonce son président, qui compte sur les conseils d’un nouvel administrateur indépendant, attendu en octobre. Cela pourrait aussi nous permettre d’aider des talents maison à prendre leur envol. » Dans cet esprit de décloisonnement, il souhaiterait enfin « envoyer l’an prochain plusieurs membres de l’équipe de gestion en immersion à l’étranger pendant un mois, peut-être en Chine ou au Brésil, les deux nouveaux bassins de consommation qu’il faut connaître en priorité aujourd’hui ». Avec une idée derrière la tête : « Monter un fonds ‘global opportunities’. »

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