L'avis de... Pierre-Yves Gauthier, fondateur d’Alphavalue

« Je ne m’attends pas à davantage de licenciements qu’en 2009 »

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Les marges des entreprises européennes ont-elles atteint un pic ?

Avec l’entrée en récession de la zone euro, les marges d’Ebitda (bénéfices avant charges d’intérêts, taxes, dépréciation et amortissement, NDLR) des entreprises européennes pourraient reculer, de 1 % environ en 2012, mais elles ne devraient pas tomber en dessous de celles de 2009. La baisse d’activité en Europe ne devrait pas les empêcher de se développer, à moins que le ralentissement ne s’intensifie et ne s’étende au reste du monde. Les sociétés cotées devraient continuer à bien défendre leurs marges, comme elles le font depuis le choc de l’après-Lehman Brothers. Méfiantes vis-à-vis des banques depuis cette époque, elles surveillent leur trésorerie. Conservatrices, elles restreignent les coûts salariaux et se concentrent sur les gains de productivité tout en se développant à l’extérieur de leur pays. Tirant des leçons des coupures d’approvisionnement liées à la catastrophe japonaise du 11 mars, les grandes entreprises devraient se montrer plus attentives à la santé des PME qui les approvisionnent, ces dernières étant bien plus sensibles qu’elles à la contraction de l’activité domestique. Les grands groupes cotés vont donc sans doute relâcher un peu leurs besoins en fonds de roulement (BFR) afin de donner des délais de règlement raisonnables à leurs fournisseurs.

Prévoyez-vous une multiplication des plans de licenciements ?

Hormis dans le secteur bancaire, je ne m’attends pas à une vague de plans de licenciements plus importante qu’en 2009. Dans l’ensemble, les entreprises sont plutôt justes en termes de nombre de salariés. Si elles réduisaient encore plus leurs effectifs, elles ne pourraient pas profiter d’une éventuelle reprise de l’activité, comme cela est arrivé à l’industrie automobile française. Pénalisée par des coupes drastiques de capacités, elle n’a pas pu bénéficier à plein du décollage de 2010, contrairement à l’industrie allemande. Cette dernière a recouru au chômage partiel pendant la période de creux de 2009 et a pu rebondir immédiatement grâce à une main-d’œuvre qualifiée, disponible dès que les carnets de commandes se sont à nouveau étoffés. C’est pour la même raison que je n’anticipe pas un arrêt des investissements. Depuis 2007, ils ont déjà été fortement réduits.

Les entreprises vont-elles tenter d’accroître leurs prix de vente ?

Je ne pense pas. Les prix de vente des produits manufacturés finis ont déjà beaucoup baissé, mais cela ne répond pas à une logique de bataille concurrentielle. En réalité, l’objectif est de vendre un service à côté, de la maintenance par exemple, qui est bien mieux margée.

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