L'avis de... Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo Securities

« Je ne crois pas à une répétition du scénario de 2008 »

le 01/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Vous abaissez votre prévision de croissance pour l’an prochain de 1,5 % à 1 % en zone euro. Pourquoi ?

De nombreux éléments se combinent. Aux serrages de vis budgétaires qui se mettent en place dans tous les pays s’ajoutent la débandade des marchés financiers de l’été et la perte de confiance des acteurs économiques. Quant aux indicateurs de suivi conjoncturel, ils sont aujourd’hui franchement mal orientés. Enfin les données des comptes nationaux au deuxième trimestre avec un PIB quasi stagnant, même si elles compensent un premier trimestre flamboyant, indiquent clairement la direction. Et cette direction, elle est mauvaise. On est en droit d’ajouter à ces arguments l’incroyable cacophonie politique qui règne en Europe sur la gestion de la crise des dettes publiques.

Vous excluez un scénario comme celui de 2008 avec à la clé une violente récession...

Je n’exclus pas la possibilité d’une récession de type classique définie techniquement comme deux trimestres négatifs pour le PIB ou ressentie comme une croissance voisine de zéro. Mais tomber à nouveau dans le piège de 2008, je n’y crois pas. A cette époque, nous sommes passés d’une récession classique visible dans les comptes trimestriels dès la fin 2007- début 2008 à une récession extraordinaire après la faillite de Lehman Brothers avec des contractions de PIB de 5 % et plus sur plusieurs trimestres. La vie économique s’était arrêtée brutalement et avait dû faire face à un gel de la liquidité bancaire pendant plusieurs mois. Peut-on revivre une telle crise de liquidité dont on sait désormais qu’elle est un formidable amplificateur de récession ? Je ne le pense pas. Démunies en septembre 2008, les banques centrales ont depuis créé les contre-feux à de tels événements avec la mise en place de procédures d’injections de liquidités exceptionnelles comme les opérations de refinancement à six ou douze mois de la Banque centrale européenne (BCE) ou en se substituant carrément au marché interbancaire.

La BCE va-t-elle interrompre son cycle de hausse des taux ? Pourrait-elle-même baisser le refi si la situation venait à s’aggraver ?

L’objectif de ce cycle de hausses était de revenir à la neutralité monétaire, c’est-à-dire de revenir à des taux courts réels à zéro ou légèrement positifs. Mais au vu de la dégradation du contexte macroéconomique, de la perception que s’en font les marchés, du recul de l’inflation à partir de l’automne, la porte s’est fermée pour des hausses du taux directeur, et la BCE devrait l’officialiser lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de début septembre. Quant à déboucler les 50 centimes de hausse du printemps, il faudrait pour cela une correction de marché supplémentaire et une crise de liquidité plus importante. Nous n’en sommes pas là.

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