L’avis de... Georges Desvaux, directeur général de McKinsey Japon

« Les Japonais savent gérer leur propriété intellectuelle »

le 15/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment la productivité pourrait-elle progresser ?

La productivité des entreprises japonaises est mise à rude épreuve. Après le tsunami dévastateur du 11 mars 2011 dans la région du Tohoku qui a endommagé les usines de production nippones, leurs chaînes d’approvisionnement mondiales ont été interrompues à l’automne par les inondations en Thaïlande. Comble de la malchance, le yen est reparti à la hausse contre le dollar en 2011, et la balance commerciale japonaise est devenue déficitaire au dernier trimestre. Autant de facteurs externes contrariants qui ont accéléré la réflexion des industriels exportateurs quant à la nécessité de se délocaliser et d’accroître les volumes de ventes réalisées par leurs filiales basées à l’étranger. Ce sujet est désormais débattu sans complexe, tant au niveau des organisations patronales que du ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie (Meti). La volonté de restructurer le tissu d’entreprises japonais est réelle mais il n’est pas certain qu’elle soit rapidement suivie d’effet. Cette mondialisation doit passer par la création de champions de taille et de classe mondiales. La technologie et les savoir-faire des groupes japonais sont superbes mais les secteurs industriels sont très fragmentés. Trop d’acteurs qui exercent le même métier se retrouvent en concurrence directe sur leur marché domestique et sont distancés à l’échelle internationale.

Le gouvernement d’entreprise évolue-t-il ?

Il s’améliore mais il faudrait que le nombre d’administrateurs indépendants augmente et que les conseils d’administration se renouvellent. Ils comprennent une part importante d’anciens dirigeants qui ont bénéficié de l’emploi à vie. C’est un frein à la prise de décision impliquant des changements de direction majeurs, surtout lorsqu’il faut céder des activités auxquelles ils se sont attachés et qu’ils ont dirigées. Enfin, la culture de la rentabilité et de la performance opérationnelle et financière devrait être plus présente.

L’innovation est-elle toujours un atout du Japon ?

Absolument. Visionnaires, les Japonais savent gérer leur propriété intellectuelle. Le Japon occupe la troisième place mondiale en nombre de brevets appliqués, avec 345.000 en 2010, à comparer à 490.000 aux Etats-Unis et à 391.000 pour la Chine, ou 151.000 en Europe. En outre, nombre d’innovations sont centrées sur le consommateur, un atout tandis que la consommation des pays émergents se développe.

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