Le Japon dispose d'importants moyens pour se reconstruire

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Les leviers pour financer la reconstruction sont nombreux. La Banque du Japon s’est montrée très réactive. Le G7 est intervenu sur les changes.

Après avoir subi le plus violent séisme de son histoire le 11 mars dernier, suivi d’un tsunami qui a ravagé les côtes du nord-est de l’île de Honshu, le Japon se bat contre une série d’accidents majeurs dans les centrales nucléaires du site de Fukushima Daiichi, à 250 kilomètres de Tokyo. Les conséquences humaines sont colossales et les destructions sont vastes. Différentes appréciations sont avancées concernant l’impact régional des catastrophes naturelles et la part du PIB japonais qui lui correspond. Selon BNP Paribas, les préfectures les plus durement atteintes, à savoir de Miyagi, d’Iwate et de Fukushima, correspondent à 4 % du PIB. Mais si l’on englobe, en raison des effets de proximité, l’ensemble de la région de Tokohu, ainsi que la région adjacente d’Hokkaido située plus au nord, la part du PIB japonais sous observation est de 12 %.

Jusqu’à maintenant, les seules références permettant d’extrapoler les répercussions économiques d’un séisme au Japon sont les données répertoriées à la suite du tremblement de terre de Kobe en 1995, d’une magnitude moins élevée, « et qui avait nécessité quatre ans de reconstruction, pour un coût de 150 milliards de dollars », rappelle Sophie Mametz, économiste chez Inter Expansion - Groupe Humanis. A l’époque, « le PIB du Japon n’avait baissé que pendant un trimestre, de 2 % en glissement annuel, avant de progresser à nouveau, tiré par la montée en puissance des investissements tant publics que résidentiels ». La trajectoire du PIB de 2011 sera revue à la baisse, « avec au moins deux trimestres de repli cette fois car les dégâts sont plus importants. Par la suite, l’investissement sera plus massif et la consommation repartira fortement. Les ménages qui ont tout perdu vont se rééquiper », analyse Sophie Mametz. A cet égard, anticipe Cyrille Collet, directeur de la gestion actions de CPR AM, « les secteurs qui devraient bénéficier de la restauration de la demande seront ceux de la construction, de la production de métaux destinés aux ponts et aux équipements industriels, et les matériaux de construction ».

Un plan gouvernemental

La Banque du Japon (BoJ) s’est montrée réactive. En une seule semaine, la banque centrale a injecté 37.000 milliards de yens (333 milliards d’euros) sur le marché monétaire, des montants records surtout en un laps de temps aussi court. L’objectif est de fournir toutes les liquidités nécessaires aux banques qui doivent financer le sauvetage et la reconstruction. « Ces opérations massives, qui ont vocation à être ponctuelles, sont destinées à rassurer les marchés. La Banque du Japon démontre aussi qu’elle a la capacité de réagir de manière réactive », commente Raymond Van der Putten, économiste de BNP Paribas.

L’intervention de la BoJ ne s’arrête pas là. Dotée de réserves de change gigantesques (1.091,5 milliards de dollars fin février 2011), elle a réagi sur les taux de change de façon énergique. Constatant une brutale flambée du yen par rapport au dollar, alimentée par la spéculation quant à d’importants rapatriements de fonds de la part des compagnies d’assurances japonaises destinés à indemniser les sinistrés, les autorités ont vite rééquilibré la donne. Dès le vendredi 18 mars, elles ont convenu avec les autres banques centrales des pays du G7 d’une intervention concertée sur les marchés des changes. Avec succès.

Les capitaux qui pourraient être rapatriés afin de reconstruire le pays sont importants. Fin 2010, observe Sophie Mametz, « les achats nets de bons du Trésor américain de la part des Japonais étaient de l’ordre de 500 milliards de dollars. Comme en 1995, une partie de cette manne pourrait être cédée ». Tout dépendra des besoins. Le gouvernement pourrait présenter le mois prochain un plan de redressement. Les dépenses supplémentaires ad hoc accroîtront une dette publique déjà élevée (de près de 200 % du PIB), mais elle est détenue à 96 % par des investisseurs domestiques de long terme et, précise Philippe Weber, responsable études et stratégie de CPR AM, « il ne fait aucun doute que ceux-ci continueront à y souscrire. La Banque du Japon aussi a les moyens d’acheter des titres d’Etat ». Une telle action aurait l’avantage de maintenir les taux longs à un niveau acceptable. Et selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), en cas de demande publique d’une « contribution spéciale de solidarité pour la reconstruction », les Nippons, « d’une solidarité exemplaire, répondront à l’appel ». Le Japon sait se mobiliser pour rebondir.

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