Irlande, la confiance des marchés contraste avec une économie dégradée

le 27/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Baisse des exportations, demande intérieure déprimée, dette publique exponentielle… Le pays n’est pas aussi bon élève que le pensent les investisseurs.

L’Irlande est citée en exemple parmi les pays périphériques de la zone euro. Ses bailleurs de fonds (Union européenne, Fonds monétaire international - FMI -, Royaume-Uni, Suède et Danemark) lui ont accordé un nouveau versement, de 2,6 milliards d’euros, sans difficulté. A ce jour, ils lui ont prêté 55,7 milliards sur 67,5 promis en novembre 2010. Les autorités ont tenu tous leurs engagements et le déficit budgétaire devrait être inférieur au plafond fixé à 8,6 % du PIB cette année, s’est félicité le FMI. Dublin s’est même offert le luxe de revenir sur les marchés financiers au cours de l'été, en émettant à 3 mois, 5 et 8 ans. Sur le marché secondaire, les taux à 9 ans sont tombés à 5 %, contre 7,1 % avant le sommet européen du 29 juin.

Si l’Irlande ne souffre plus de la comparaison avec la Grèce, le Portugal et l’Espagne, une reprise durable est loin d’être acquise. La croissance économique a été nulle au deuxième trimestre, après -0,7 % au premier. « L’Irlande continue de faire face à une période de resserrement budgétaire prolongée et douloureuse, un chômage élevé et un environnement économique morose », observe Michael Saunders, économiste de Citi. Malgré quelques signes d’amélioration au troisième trimestre, l’objectif de croissance du gouvernement semble difficile à atteindre cette année (0,7 %). Le FMI prévoit un PIB en hausse de 0,4 % et de 1,4 % en 2012 et 2013, et Consensus Economics de 0,1 % et 1,2 %.

L’économie irlandaise est très ouverte (les exportations représentent 105 % du PIB) et vulnérable à la conjoncture mondiale. Certes, elle a regagné en compétitivité. Le taux de change effectif réel défalqué des coûts salariaux unitaires a chuté de 22 % depuis son pic en 2008, selon le FMI. Toutefois, le principal moteur de l’économie est en train de caler. Les exportations ont baissé au deuxième trimestre, une première depuis fin 2010, en raison du ralentissement au Royaume-Uni et dans la zone euro.

Chômage

La demande interieure reste déprimée et ne devrait pas se redresser avant 2014, selon le FMI. Le chômage s’élève à 14,8 % de la population active, contre 4,8 % début 2008 ! Les ménages, toujours très endettés (voir le graphique), n’ont pas fini de payer les pots cassés de la crise immobilière. Plus de 50 % des prêts immobiliers sont en negative equity (leurs détenteurs doivent rembourser à leurs banques plus que la valeur de leurs maisons), selon le courtier Davy Stockbrokers, et 10,9 % accusent des arriérés de paiement de plus de 90 jours, selon la banque centrale.

Les banques contribuent à la dégradation en restreignant leurs prêts aux ménages (-3,6 % en juillet par rapport au même mois l’an dernier) et aux entreprises (-3,4 %). Certes, elles se sont un peu assainies : elles ont cédé 42 milliards d’euros d’actifs à fin avril sur 70 milliards prévus d’ici à fin 2013, et ont légèrement réduit leur dépendance à la liquidité de la BCE. Mais elles n’enregistrent toujours pas de profits et imposent des taux d’intérêt de plus en plus élevés : 6,26 % en juillet pour les prêts jusqu’à 1 million d’euros aux entreprises, contre 5,41 % début 2011, selon la banque centrale.

Le salut ne peut pas venir de la dépense publique puisque Dublin applique scrupuleusement les coupes budgétaires demandées par l’UE et le FMI. Depuis 2009, l’ajustement du solde primaire se monte à 8 points de PIB. Le gouvernement doit encore trouver 3,5 milliards d’économies supplémentaires en 2013, 3,1 en 2014 et 2 en 2015, pour ramener le déficit sous la barre de 3 % du PIB. Or « les réductions de dépenses deviennent difficiles au cours des phases ultérieures de consolidation ou lorsque des services clé sont affectés », prévient le FMI.

En attendant, la dette publique continue d’exploser : 118,5 % du PIB fin 2012 selon Citi, contre 24,8 % fin 2007. Pour le FMI, il est crucial que l’Eurogroupe tienne sa promesse du 29 juin, à savoir « examiner la situation du système financier en vue d’améliorer la viabilité du programme », ce qui avait été interprété comme un possible refinancement d’une partie du sauvetage des banques (64,1 milliards d’euros, soit 40 % du PIB) par le Mécanisme européen de stabilité (MES).

Dublin cherche aussi un accord avec la BCE pour refinancer les 31,6 milliards d’euros de billets à ordre (promissory notes) apportés aux banques (et utilisés comme garanties auprès de la banque centrale irlandaise pour les opérations de fourniture de liquidité d’urgence) par des obligations souveraines de plus long terme. Pour Michael Saunders, « l’Irlande aura probablement besoin d’une restructuration de sa dette, sous forme de recapitalisation des banques par le MES, de décote de sa dette privée ou les deux ».

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