Dossier Gestion institutionnelle

Les investisseurs veulent s'affranchir des agences de notation

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

A l'heure où le projet de règlement européen est examiné par le Parlement, ils sont bien conscients de leur dépendance.

Les agences de notation sont le bouc émissaire de la crise des souverains, estime Muriel Nahmias, consultante senior chez bfinance. On veut réduire leur pouvoir dans un contexte de dégradation des notes, mais la plupart des investisseurs ne peuvent pas se passer d'elles ! » Un consensus s'est en effet formé ces derniers mois en Europe sur la nécessité de réduire l'influence des notations des agences sur les marchés. Le projet de règlement en cours d'examen au Parlement européen va dans ce sens (lire aussi page 6). Objectif : améliorer la transparence dans les notations, permettre l'émergence de nouveaux entrants pour introduire plus de concurrence et, in fine, réduire la toute-puissance des décisions de Standard & Poor's, Moody's et Fitch sur les marchés financiers.

Les investisseurs institutionnels, qui en subissent les conséquences de plein fouet, suivent de très près ces évolutions réglementaires. Ces derniers mais aussi les gérants de fonds obligataires - qui se réfèrent à des fourchettes de notation - sont aujourd'hui contraints de céder rapidement leur position lorsqu'un titre est dégradé, dans les pires conditions de marché. « C'est un point de dialogue avec nos clients institutionnels, explique Frédéric Surry, responsable des solutions d'investissement chez BNP Paribas Asset Management. Nous leur proposons si possible d'échelonner les cessions sur plusieurs semaines pour éviter de vendre au plus bas un titre ne correspondant plus à l'univers d'investissement. »

D'autres références

La véritable solution est ailleurs : il s'agit, pour les investisseurs, de ne pas accorder autant de place aux notations dans leur processus d'investissement. « Il faudrait inciter les investisseurs à utiliser d'autres références de marché, comme le 'spread', et à développer leur propre méthodologie d'analyse », propose Frédéric Surry. Dans ce cas, les notations des agences deviendraient un outil parmi d'autres plutôt qu'une référence absolue comme c'est souvent le cas aujourd'hui. Ce qui limiterait de facto leur influence sur les marchés. Mais passer de la théorie à la pratique demandera une réelle volonté des investisseurs institutionnels, qui n'y sont pas incités par la réglementation : Bâle III et Solvabilité II, notamment, font en effet référence à ces notations. « Contrairement aux Etats-Unis, il n'y a pas de véritable culture crédit en Europe, constate Muriel Nahmias. Cela coûterait assez cher aux institutionnels de développer leurs propres équipes d'analyse. Et quand bien même. De toute façon aux Etats Unis, l’analyse des émetteurs non notés se fait en grande partie à partir des méthodologies des agences. »

Les plus grandes institutions pourraient cependant investir dans des équipes dédiées ou s'appuyer sur les compétences des sociétés de gestion. « Nous sommes de plus en plus attentifs, dans les appels d'offres, aux moyens dont disposent les gérants, confirme Philippe Goubeault, directeur financier de l'Agirc-Arrco. Lors de notre dernier appel d'offres sur les taux en 2011, nous avons privilégié les sociétés de gestion qui avaient renforcé leur capacité d'analyse en crédit et en risque souverain. Cette tendance, commune à d'autres acteurs, favorise d'ailleurs les grandes maisons qui ont les moyens de développer des équipes d'analyse crédit, vraisemblablement au détriment des plus petits. » L'intégration de capacité d'analyse en interne dans la société de gestion ou chez l'investisseur institutionnel règle, par ailleurs, l'éternelle question du conflit d'intérêts potentiel entre l'émetteur-payeur et l'agence de notation.

A lire aussi