L'avis d'expert de Thierry Dartus, associé Transaction Advisory Services chez Grand Thornton France

« Les investisseurs veulent être plus impliqués dans le choix de l’opération »

le 28/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Votre étude* parue début novembre sur le private equity dans le monde démontre un regain d'optimisme. La France serait donc à part ?

La moitié de notre panel (54 %) a un sentiment positif ou neutre sur les conditions de levées de fonds, contre 27 % un an auparavant. Ce regain d'optimisme est cependant plus marqué aux Etats-Unis, où de grosses opérations ont lieu par exemple sur les fonds Apollo, Advent ou KKR. En Europe, le Royaume-Uni domine toujours le marché et se porte plutôt bien. En revanche, les levées de fonds restent difficiles en France mais aussi en Allemagne, où elles sont notoirement insuffisantes pour répondre aux besoins de financement de fonds propres des sociétés.

Comment expliquez-vous les difficultés de la France ?

La crise de l'euro a laissé des traces : les grands investisseurs internationaux restent aujourd'hui prudents sur leurs investissements dans la zone euro. Par ailleurs, la France souffre d'une image dégradée à l'étranger en raison des différentes annonces gouvernementales concernant les mesures fiscales en matière de cessions d'entreprises. Enfin, sur un plan plus local, les banques et les compagnies d'assurance françaises, qui représentaient historiquement une part importante des levées de fonds, limitent désormais leur exposition sur le private equity pour des raisons réglementaires.

Le comportement des grands investisseurs a-t-il changé ?

En effet, les limited partners [LPs : investisseurs, NDLR] se sont professionnalisés. Ils ne laissent plus carte blanche aux sociétés de gestion et veulent être impliqués dans le processus d'investissement, en privilégiant le deal by deal et le choix de l'opération. Les fonds sont désormais sous surveillance rapprochée. D'ailleurs, les LPs sont de plus en plus nombreux à demander un siège aux organes de gouvernance des sociétés de gestion. C'est une tendance que nous observons aux Etats-Unis et qui reste en discussion en France avec les équipes actuellement en cours de levée.

* Global Private Equity Report, novembre 2013.

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