Les investisseurs reviennent en force sur la dette périphérique

le 23/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Des émissions syndiquées de titres irlandais et portugais rencontrent un grand succès en ce début d’année.

Tout va pour le mieux en ce début d’année pour les émissions de titres souverains des Etats dits périphériques de la zone euro. Espagne, Irlande, Portugal, les investisseurs non résidents se jettent sur ces obligations publiques avec autant d’engouement qu’ils mettaient d’empressement à s’en débarrasser en 2011 au plus fort de la crise. L’acronyme Pigs* a disparu des notes d’analyse, démontrant une nouvelle fois que la mémoire des marchés financiers n’est pas celle d’un éléphant.

Dans les premiers jours de l’année, les gouvernements irlandais et portugais ont rencontré un vif succès pour leurs émissions, les préliminaires à un retour définitif sur les marchés, quasiment acquis pour Dublin, espéré pour Lisbonne. Même le gouvernement grec parle de solliciter le marché en fin d’année. L’Irlande a prévu de lever une dizaine de milliards d’euros cette année et a donc testé le marché avec une émission syndiquée d’une obligation à 10 ans. Les investisseurs ont présenté des offres pour plus de 14 milliards d’euros. « D’un coup, l’Irlande a réalisé 50 % de son programme 2014. L’effet rareté a joué à plein et explique le succès de l’opération », souligne Nicolas Forest, directeur de la gestion obligataire de Dexia AM. La confiance des investisseurs a été étayée par la sortie en décembre du programme d’assistance du FMI et de l’Union européenne (Troïka) et par le coup de pouce de la Banque centrale européenne qui a transformé les promissory notes à 8 % (sauvetage des banques) en obligations à long terme à 3 %, permettant de réduire les besoins de financement de Dublin de 20 milliards d’euros sur dix ans. « L’Irlande est le premier pays touché de plein fouet par la crise à sortir par le haut avec une crédibilité retrouvée. La notation de l’Irlande va être relevée cette année par les agences de notation, lui permettant de retrouver la catégorie 'investment grade' », indique Gaëlle Malléjac, directrice de la gestion taux de Groupama AM, pour expliquer le vif intérêt des investisseurs.

Risque de bulle

Ces bonnes nouvelles permettent d’afficher des rendements des titres irlandais 5 ans et 10 ans de 1,65 % et de 3,25 %, bien en deçà des rendements espagnols ou italiens équivalents. Dans la foulée, Lisbonne a emboité le pas à Dublin. L’émission syndiquée d’un emprunt à 5 ans a permis au Portugal de lever 3,25 milliards d’euros alors que la demande pour ce titre a dépassé 11 milliards d’euros. Du coup, l’agence de la dette a relevé son volume d’emprunts prévu cette année entre 11 et 13 milliards d’euros et le 10 ans portugais s’affichait mi-janvier 90 points de base sous son niveau de la fin 2013. Le plan d’assistance financière de la Troïka de mai 2011 portant sur 78 milliards d’euros, arrivant à échéance le 17 mai prochain, la Commission européenne suggère de recourir à un programme de précaution, une nouvelle ligne de crédit. Tout est fait pour rassurer les marchés.

Reste que l’entame de l’année sur les chapeaux sur les roues ne doit pas faire oublier que les pays du sud de la zone euro sont encore en récession : deleveraging des banques, chômage de masse ou déflation sont leur lot quotidien. « L’observation des fondamentaux et du comportement des investisseurs devrait inciter à la prudence », indique Patrick Artus, chef économiste de Natixis : « Tout est prêt pour qu’une bulle apparaisse sur les dettes périphériques ».

* Jeu de mots pour Portugal, Ireland ou Italy au choix, Greece et Spain.

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