Les investisseurs ont toujours autant d’appétit pour l’or

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Les incertitudes sur l’économie américaine et la dette grecque poussent le métal précieux à la hausse.

Le cours de l’or est-il en route vers un nouveau sommet ? Le contrat spot du Commodity Exchange (Comex) à New York a clôturé à 1.544,1 dollars l’once le 9 juin, à quelques encablures de son record de 1.577,4 dollars atteint le 2 mai. Il est en hausse de 9 % depuis le début de l’année. Le fixing du London Bullion Market Association à Londres a suivi la même tendance. Les investisseurs ne manquent pas de raisons, parfois contradictoires, pour être acheteurs du métal précieux. « Aux Etats-Unis, ils craignent que la Fed continue sa politique monétaire laxiste et maintienne des taux d’intérêt réels négatifs en raison du ralentissement de la reprise économique, observe David Wilson, analyste de Société Générale CIB. En Chine et en Inde, ils s’inquiètent de l’effet des politiques monétaires restrictives sur la croissance. Et en Europe, ils ont peur de la crise de la dette grecque. »

Depuis la correction de début mai, les stocks détenus en garantie par les ETP (exchange-traded products) et les positions acheteuses des acteurs non commerciaux sur le Comex sont repartis à la hausse, ajoute David Wilson.

L’or joue à plein son rôle de valeur refuge. « Il s’agit de l’un des seuls actifs qui n’a pas de risque de contrepartie et qui a une fonction de réserve de valeur », rappelle Tom Kendall, analyste de Credit Suisse. Les investisseurs, professionnels ou particuliers, façonnent d’autant plus le marché qu’ils ont renforcé leur présence ces dernières années (ETP, achats de lingots et de pièces, etc.). Pour preuve, la part de la bijouterie et de la technologie dans la demande mondiale n’était plus que de 60 % en 2010, contre plus de 80 % de 2002 à 2007, selon le World Gold Council. « Les investisseurs sont les acteurs déterminants du marché, ils peuvent être une source de demande et d’offre, explique Anne-Laure Tremblay, analyste chez BNP Paribas CIB. La production minière, elle, n’a que peu d’impact car elle est très faible par rapport au stock total. »

Libéralisation en Chine

La politique monétaire américaine, confortée par le récent coup de froid sur l’économie, est l’un des principaux facteurs de soutien du prix de l’or. « La Fed n’a certes pas indiqué de nouvel assouplissement quantitatif, mais elle devrait maintenir ses taux au niveau actuel jusqu’à mi-2012, assure Anne-Laure Tremblay, qui prévoit une poursuite de la hausse au second semestre et la fin du rally début 2012. Les taux d’intérêt réels et donc le coût d’opportunité de détention de l’or vont rester très faibles cette année. »

De plus, les écarts croissants entre les taux courts américains et ceux des autres pays pourraient affaiblir un peu plus le billet vert et rendre le métal précieux, libellé en dollars, moins cher pour les détenteurs d’autres devises. « En ce moment, la corrélation entre le dollar et l’or est inférieure à 50 % si l’on prend la parité euro-dollar comme référence car la monnaie européenne est très influencée par la crise de la dette, précise Anne-Laure Tremblay. Il faut utiliser d’autres parités, comme celle avec le dollar australien qui montre une corrélation supérieure à 50 %. »

L’appétit pour l’or est particulièrement soutenu en Chine, où les importations ne cessent d’augmenter. « Les Chinois ont de plus en plus de difficultés à investir dans l’immobilier, et les actions chinoises ont eu une mauvaise performance ces trois dernières années, note Tom Kendall, de Credit Suisse. A l’inverse, le marché de l’or se libéralise et de plus en plus de produits sont disponibles. Les investisseurs utilisent le métal précieux notamment comme une protection contre l’inflation. »

Les investisseurs pourraient se reporter, comme ils l’ont fait en début d’année, sur l’argent, qui suit généralement la tendance du métal jaune, avec l’avantage d’être moins cher. BNP Paribas CIB et SG CIB estiment que le cours de l’argent, après la chute de début mai, devrait continuer à progresser cette année. Credit Suisse et Natixis sont d’avis contraire. « Quand le ratio or-argent augmente, cela veut dire que le prix de l’or, soutenu par les incertitudes économiques, croît plus vite que celui de l’argent, davantage lié à la demande industrielle et donc à la bonne santé de l’économie, affirme Bernard Dahdah, analyste de Natixis. Le ratio est à un niveau relativement faible, à près de 42, ce qui voudrait dire que l’économie s’est améliorée, ce qui n’est pas franchement le cas. L’argent est donc surévalué. » Le ratio s’établit en moyenne à 63 depuis 1980, selon Tom Kendall.

D’aucuns affirment que l’or est surévalué, et des investisseurs, comme George Soros, ont déjà soldé leurs positions. Bernard Dahdah prévoit une baisse du cours au second semestre. « Si les taux d’intérêt continuent à augmenter en Chine, en Inde et en Europe, et s’ils montent plus tôt que prévu aux Etats-Unis, les investisseurs pourraient sortir de l’or et revenir sur le cash. »

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