L'avis de... Piotr Bujak, économiste en chef de Nordea pour la Pologne

« Pour les investisseurs, les fondamentaux de la Pologne sont solides »

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La Pologne peut-elle éviter la récession ?

La Pologne devrait être capable d’éviter la récession, avec une croissance de 2,2 % cette année et de 1,8 % l’an prochain. Elle a plus de marge de manœuvre pour contrecarrer le ralentissement économique du côté de la politique monétaire que du côté de la politique budgétaire. La banque centrale a été la plus conservatrice du monde : au début de l’année, alors que toutes ses homologues assouplissaient leurs politiques, elle a augmenté son taux d’intérêt de référence en mai. Ce n’est que début novembre qu’elle a commencé à assouplir sa politique. Mais les taux d’intérêt sont encore élevés et il y a de la marge pour baisser les coûts d’emprunt. Sur le front de la politique budgétaire, le gouvernement fait une pause dans la consolidation, le principal facteur du ralentissement cette année. Il prévoit aussi d’utiliser plus d’actifs publics pour financer des investissements l’an prochain, et souhaite que cela soit neutre budgétairement. Un autre facteur important qui aide la Pologne est le faible niveau de la dette privée. Contrairement aux autres pays européens, il n’y a pas de besoin de désendettement agressif.

Cette politique risque-t-elle d’affaiblir le zloty et de provoquer des ventes d’obligations ?

Même si le gouvernement a mis en veilleuse la consolidation budgétaire, les investisseurs croient toujours que les fondamentaux de la Pologne sont solides et les spreads de crédit restent bas. Le gouvernement n’a pas de problème pour se financer. Ce qui sous-tend le zloty n’est pas la parité des taux d’intérêt mais la perception mondiale du risque et la force de l’économie polonaise. La baisse des taux d’intérêt aidera à garder le risque de crédit sous contrôle en améliorant les perspectives de croissance.

Pourquoi la Pologne attire-t-elle moins d’investissements directs étrangers (IDE) ?

Il y a eu une chute des IDE cette année mais selon certains officiels de la banque centrale, elle est due à la reclassification de certains investissements. Il y a sûrement une diminution comparé à l’an dernier à cause de l’environnement mondial et européen. Mais les IDE ne représentent que 10 % à 20 % de l’investissement total. Ce qui compte le plus est l’investissement public. De plus, les IDE et les fonds européens demeurent suffisants pour financer le déficit de la balance courante, lui-même en baisse.

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