Dossier Gestion institutionnelle

Les investisseurs aspirent à un ISR sur mesure

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Prise en compte de critères spécifiques et service personnalisé sont au cœur des relations entre sociétés de gestion et clients institutionnels.

D'un montant de 150 milliards d’euros (Novethic 2012), le marché français de l’investissement socialement responsable (ISR) couvre les principales classes d’actifs, avec des approches très variées en fonction des sociétés de gestion. Ce caractère protéiforme est une richesse pour l’industrie, mais aussi un défi. « L’ISR reste peu développé en France car nous faisons face à une confusion des investisseurs sur l’objectif de l’ISR, analyse Philippe Aurain, le directeur général délégué de Fédéris Gestion d’Actifs, la filiale du groupe Malakoff Médéric gérant 1,2 milliard d’euros en ISR. Certains institutionnels se lancent dans l’ISR pour des raisons identitaires liées à leurs valeurs, d’autres pour prendre en compte les entreprises dans leur globalité afin de mieux appréhender les risques. » Les sociétés de gestion ont, chacune de leur côté, développé une approche spécifique de l’ISR, dont les contours varient sensiblement d’une maison à l’autre : les exclusions normatives, le poids des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ou encore la construction des portefeuilles diffèrent largement.

Dans ce contexte, les investisseurs institutionnels sont de plus en plus nombreux à demander un ISR sur mesure aux sociétés de gestion. « Le marché se développe désormais davantage via des mandats que via des fonds ouverts car les clients institutionnels recherchent un ISR réellement en ligne avec leurs propres critères », confirme Eric Van La Beck, directeur de la recherche ISR de Macif Gestion-Groupe Ofi, dont le groupe gère 12 milliards d’euros en ISR à travers ses différentes structures. Les clients commencent par « tester » l’ISR en souscrivant un fonds ouvert. Puis, une fois que leur démarche est plus aboutie, ils privilégient les mandats ISR personnalisés. « Certains clients nous demandent des mandats pour lesquels le référentiel est constitué à partir du respect des principes du pacte mondial. C’est un premier pas simple et efficace vers l’ISR », complète Eric Van La Beck. Même tendance au sur mesure chez BNP Paribas IP, qui gère 20 milliards d’euros en ISR, dont la moitié pour des clients institutionnels : « Certains clients institutionnels adoptent telle quelle notre démarche. D’autres en revanche nous demandent d’intégrer des critères spécifiques, en général liés au social, en fonction de leur propre culture », indique Gaétan Obert, responsable de la gestion ISR. Il s’agit, pour ces caisses de retraite, de modifier la pondération des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance en faveur du social dans la construction des portefeuilles.

Dialogue

 

Cette personnalisation accrue demandée par les clients passe aussi par le service. « Depuis deux ans, nous allons plus loin dans le dialogue avec les émetteurs dans le cadre de notre politique de vote aux assemblées générales, explique Pascal Dumont, le responsable investisseurs institutionnels France de BNP Paribas IP. Cela peut passer par une personnalisation de la politique de vote en fonction des exigences du client. » Ce type de dialogue se développe. Ainsi, Fédéris Gestions d’Actifs vient d’annoncer la signature d’un partenariat avec Mirova, la filiale ISR de Natixis AM, dont la plate-forme d’engagement a pour objectif de fédérer des investisseurs institutionnels et des sociétés de gestion pour dialoguer avec les émetteurs. « Nous commençons par lister les thèmes de la gouvernance auxquels nous sommes les plus attachés afin d’intervenir, via Mirova, dans le dialogue avec certains émetteurs », explique Philippe Aurain de Fédéris G.A.

La personnalisation des services se traduit enfin par la rédaction de reportings extrafinanciers de plus en plus complets.« Dans le cadre des mandats de gestion, les 'reportings' sont réalisés sur mesure pour le client. C’est d’ailleurs à partir des dossiers présentés dans ces 'reportings' que les clients nous demandent parfois d'affiner leur politique d’engagement », indique Vincent Ribuot, directeur marketing et communication chez Ofi AM.

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