L'avis de... Olivier Garnier, chef économiste Société Générale

« Des interrogations de marché restent en suspens »

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Les avancées obtenues au Conseil européen des 28 et 29 juin sont-elles significatives ?

Il faut appréhender les décisions arrêtées par les dirigeants européens sur une échelle de temps. Le long terme tout d’abord. Il est balisé par la feuille de route vers une véritable union économique et monétaire pour répondre à l’interrogation majeure des opinions publiques et des marchés financiers : quelle zone euro dans dix ans ? Il y a une analogie avec 1992-93 au lendemain de la crise du système monétaire européen, avec l’entrée en vigueur du Traité de Maastricht et le début de la convergence. Le moyen terme ensuite avec l’initiative de croissance et des financements européens de 120 milliards d’euros : l’impact macroéconomique en sera toutefois modeste. Enfin, le court terme avec l’élargissement et l’assouplissement des conditions d’intervention du Fonds européen de stabilité financière (FESF) et de son successeur le Mécanisme de stabilité financière (MES).

Quelles innovations sont apportées au MES ?

Le MES pourra recapitaliser directement des banques, une fois qu’un mécanisme unique de surveillance bancaire aura été mis en place au niveau de la zone euro. La recapitalisation directe par le MES aura l’avantage de ne pas alourdir la dette publique des pays concernés, ce qui permettra de casser le lien entre risque bancaire et risque souverain au niveau national. C’est une bonne chose. Le préalable est la surveillance unifiée des banques sous l’égide la Banque centrale européenne (BCE), qui doit pouvoir se faire dans le cadre des Traités existants. Sa mise en place va cependant soulever des questions compliquées, et il sera difficile d’arriver à un accord dès la fin de 2012 : est-ce que toutes les banques seront concernées ? Quelle répartition des rôles entre la BCE, l’Autorité bancaire européenne et les superviseurs nationaux ? Quelle sera la réaction des Etats européens ne faisant pas partie de la zone euro, et plus particulièrement du Royaume-Uni ?

Le MES va pouvoir rapidement acheter des titres souverains...

Il le pouvait déjà mais il s’agit de le faire de manière plus « souple et efficace », c’est-à-dire avec des conditions allégées n’entraînant pas pour le pays bénéficiaire une mise sous tutelle trop étroite et « stigmatisante » par la Troïka. Cela vise à se substituer au programme SMP (Securities Market Programme) d’achats de titres publics de la BCE, comme le souhaitait cette dernière. En revanche, certaines interrogations des marchés sont laissées en suspens. Tout d’abord, la capacité d’intervention du MES de 500 milliards d'euros apparaît limitée face aux 3.000 milliards de dettes publiques espagnole et italienne. Ensuite, nous ne savons pas pour l’instant si les titres publics qu’aura achetés le MES deviendront « seniors » par rapport aux autres, ce qui serait contre-productif vis-à-vis des détenteurs privés et réduirait fortement l’impact stabilisant de ces achats.

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