Rencontre avec... Thierry Dissaux*, président du Fonds de garantie des dépôts, et Jean-François Lepetit*, administrateur de BNP Paribas

« Internaliser le traitement des crises conduit à la paralysie du système »

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Les régulateurs et les banques doivent-ils préparer des plans de résolution avant même qu’une crise survienne ?

C’est très difficile car il est impossible de savoir d’où la prochaine crise systémique va venir. Il est bien sûr utile que le régulateur dialogue régulièrement avec les grands établissements, qu’il sache comment ils sont organisés. Les banques elles-mêmes ont des stratégies internes qui essaient de prévoir tous les problèmes possibles. Certains régulateurs européens ont commencé à élaborer ces plans de résolution, mais on voit mal comment ils peuvent préparer le traitement de problèmes qui n’existent pas encore. En tout cas, l’autorité de résolution doit pouvoir garder toute latitude d’action selon les éléments de la crise. Et il faut éviter d’aller jusqu’à prévoir une nouvelle organisation des banques, par exemple le cloisonnement de certains métiers, comme cela est envisagé par la commission Vickers au Royaume-Uni.

Doit-on créer des fonds de résolution alimentés par une taxe sur les banques ?

Et combien d’argent faudrait-il pour maintenir en vie un établissement financier d’importance systémique ? Dans une crise systémique, les sommes seraient beaucoup trop importantes... En revanche, on pourrait donner plus de pouvoir aux régulateurs et aux fonds de garantie. En France, le Fonds de garantie des dépôts peut déjà agir ex ante. On pourrait autoriser les régulateurs et les fonds de garantie à intervenir dans les schémas de restructuration ou de démembrement, par exemple en apportant une garantie aux créanciers qui restent dans un établissement en difficulté dont on a sorti les dépôts.

Pourquoi êtes-vous opposés à l’éventualité que le régulateur puisse réduire ou convertir en capital la dette senior ?

D’abord, en dehors du cas d’Anglo Irish Bank, il semble bien qu’aucune crise de banque depuis 2007 n’aurait nécessité une conversion au-delà de la dette junior pour rétablir le ratio de capital réglementaire. Ensuite, si vous investissez dans de la dette senior, quelle qu’elle soit, et si on vous dit subitement qu’elle peut être convertie, vous allez partir en courant. Les banques n’auront plus de refinancement, ou un refinancement beaucoup plus cher, qui sera répercuté à l’économie. L’idée d’internaliser totalement et préventivement le traitement des crises systémiques conduit à la paralysie du système. De plus, toutes ces mesures augmentent les possibilités d’arbitrage vers le secteur non régulé, en encourageant la titrisation et le shadow banking (finance parallèle, NDLR). Enfin, il ne faut pas se voiler la face, l’Etat sera appelé à intervenir en cas

de crise de liquidité généralisée.

*Auteurs d’un rapport sur la prévention, le traitement et la résolution des crises bancaires systémiques

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