Les industriels américains traversent une crise de confiance

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Le décrochage de l’indice PMI du secteur manufacturier s’explique par la faiblesse des attentes en matière de nouvelles commandes.

La confiance des industriels américains s’est effondrée brutalement au mois de juin. Les résultats de l’enquête ISM (Institute for Supply Management) auprès des directeurs d’achat dans l’industrie, permettant de dresser un tableau de l’activité manufacturière en s’appuyant sur plusieurs critères d’activité (dont l’évolution des commandes, la production, les stocks, les prix payés et l’emploi), en témoignent. Pour la première fois depuis juillet 2009, l’indice PMI du secteur manufacturier est tombé en dessous du seuil des 50, à 49,7 %, en recul de près de 4 points par rapport à mai. Ce repli important pour un indicateur PMI a surpris les analystes, même les plus pessimistes.

Inquiétudes multiples

Comment expliquer un tel décrochage ? « Principalement par la chute de l’indice des nouvelles commandes » industrielles, qui a décroché de 60,1 % en mai à 47,8 % en juin, « soit son plus bas niveau depuis avril 2009, précise Philippe Waechter, directeur des études économiques de Natixis AM. La composante liée à l’exportation se replie également très vite », de 6 points à 47,5 %.

Les industriels s’inquiètent à la fois du fléchissement de la demande intérieure américaine en biens d’équipement - même si celle-ci demeure encore positive - et du ralentissement de la croissance mondiale. Sans oublier les incertitudes entourant le règlement de la crise européenne. Le sujet préoccupe beaucoup les entrepreneurs américains : « Ils surestiment sans doute les risques en Europe, où ils veulent être présents le moins possible », commente Philippe Uzan, directeur des gestions chez Edmond de Rothschild Asset Management. Confrontés à un contexte mondial morose et incertain, « les décideurs, envahis par la lassitude, sont attentistes. Les prochaines échéances électorales les tracassent également », observe Philippe Uzan. La demande intérieure pourrait être pénalisée si la prochaine administration américaine, formée à la suite des élections de novembre prochain, ne renouvelle pas les programmes fiscaux arrivant à échéance à la fin de l’année et au début de 2013, et dont la somme représente environ 4 % du PIB américain.

« L’entrée de l’industrie dans une spirale négative est loin d’être sûre », indiquent les analystes d'Aurel BGC, estimant qu’il « y a surement une 'surréaction' des industriels qui sont très déçus de la faiblesse de la demande chinoise et européenne ». Le tableau n’est pas totalement noir. L’indice des prix, une composante importante de l’enquête ISM, a baissé de 10,5 points, passant de 47,5 % à 37 %, « suggérant qu’il n’y a pas de tensions sur les prix en raison de la baisse des cours des matières premières, analyse Philippe Waechter. Les pressions sur les prix de production vont encore se réduire ». Ce qui est une bonne nouvelle. Ensuite, la composante liée à l’emploi s’est maintenue. « L’indicateur d’emploi reste élevé, sans indiquer d’ajustement », constate l’économiste. Cette résistance s'expliquerait par le fait « que les industriels n’anticipent pas de contraction durable de l’activité. De plus, dans quelques secteurs, comme dans le pétrolier, les directeurs d’achat annoncent un 'marché du travail difficile' avec des difficultés à trouver de la main-d’œuvre qualifiée », expose Aurel BGC.

Conclure de la lecture du rapport ISM que la Réserve fédérale adoptera un nouveau programme d’achats d’actifs plus tôt que prévu afin de soutenir l’activité américaine serait aller vite en besogne. « L’emploi compte infiniment plus dans la fonction de réaction de la Fed que le moral des industriels », rappelle Bruno Cavalier, chef économiste d'Oddo Securities. Il n’empêche, les chiffres qui seront publiés en juillet seront observés avec minutie, avec l’espoir qu’ils feront oublier le choc du mois de juin.

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