Les indices cherchent à intégrer la nouvelle donne obligataire

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Leurs fournisseurs ont dû prendre en compte l’évolution du risque des dettes souveraines. Les premiers indices fondamentaux font leurs preuves.

A l’instar des investisseurs, les fournisseurs d’indices ont également dû s’adapter à la nouvelle donne sur les marchés obligataires. « Depuis les premiers déboires sur la dette grecque, nous n’avons eu de cesse d’adapter notre gamme d’indices sur la zone euro », confirme Mirela Vlad, responsable chez MTS Indices pour l’Europe continentale. Les indices MTS, qui sont l’un des principaux benchmarks utilisés par les gérants sur les marchés de taux, ont dû évoluer à de multiples reprises pour répondre aux demandes des investisseurs. « La dégradation de la Grèce dans la catégorie spéculative a été la première grande cassure », indique Mirela Vlad.

Contraints par leurs propres règles internes de gestion, les investisseurs ont limité leurs positions à certaines notations. Certains opérateurs voulaient un indicateur intégrant des notes sans risque, le but étant de se concentrer sur les dettes les plus solides, ou considérées comme telles par les agences. Un indice AAA a été proposé par MTS Indices, incluant les dettes de cinq pays notés comme tels par trois agences : Allemagne, Autriche, Finlande, France et Pays-Bas. « Rapidement, le risque d’un changement de ‘rating’ pour plusieurs pays de la zone euro, dont la France, s’est posé », relate Mirela Vlad. Dans un premier temps, le fournisseur d’accès a modifié le critère du nombre d’agences en le passant de trois à deux. « Une double dégradation pour les pays le composant aurait soulevé la question de la représentativité de l’indice, poursuit-elle. Nous avons donc complété la méthodologie en précisant une règle de sortie. Ainsi, pour qu’un des cinq pays sorte, suite à deux abaissements de notation, il faudrait qu’un nouveau, ayant deux ‘ratings’ AAA, puisse y entrer. » L’indice s’appelle désormais Highest Rated et non plus AAA. Pour la responsable de MTS Indices, ces multiples évolutions montrent que le poids des agences de notation a diminué : « Les investisseurs ont désormais chacun leur niveau de ‘rating’ acceptable, il n’y a pas de consensus. »

Inquiétude

Au-delà de ces évolutions de notations, la composition des indices en fonction du poids des dettes de chaque pays est un autre sujet d’inquiétude pour les investisseurs. « Plus un pays est endetté, plus il risque d’être représenté dans un portefeuille, et moins c’est intéressant pour un investisseur », souligne Frédéric Rollin, conseiller en investissement pour les institutionnels chez Pictet. Dès 2010, les spécialistes des marchés de taux de Lombard Odier (LOIM) ont mis en place des indices obligataires fondamentaux pondérant le poids des dettes en fonction de la situation économique de chaque pays. « Nous avons commencé par les marchés émergents en devise locale avant de proposer cette approche sur la zone euro, en global et sur le crédit, rappelle Stéphane Monier, directeur des gestions taux et devises de LOIM. La majeure partie de notre offre de fonds obligataires ‘long only’ repose désormais sur ces indices. Nous gérons actuellement 3,4 milliards d’euros. » Ces indices se répartissent en deux catégories : souverains et crédit. Pour les premiers, le poids des dettes d’un pays va dépendre non seulement de sa taille mais aussi de nombreux indicateurs économiques (croissance, dette publique et privée sur PIB, détenteurs de la dette, déficit, compte courant…). Résultat : les fonds de Lombard Odier investis dans la zone euro ont surperformé de 3 % en 2011 ceux reposant uniquement sur la capitalisation. Une autre banque privée suisse, Pictet, s’est récemment lancée sur le créneau des indices obligataires fondamentaux : « L’objectif de notre portefeuille Global Bond Fondamental est de privilégier dans nos investissements en obligations souveraines les pays ayant la meilleure qualité de crédit et d’obtenir un portefeuille plus diversifié », explique Frédéric Rollin. Mais ces indices ne servent pour le moment qu’à constituer les fonds taux de ces deux acteurs.

Poursuivant ses réflexions sur les indices de la zone euro, MTS Indices a lancé des indices fondamentaux qui peuvent servir de référence. « Notre indice Euro Macro-Weighted Bond ne tient pas uniquement compte de la taille de la dette mais aussi du PIB, de la croissance trimestrielle, de la balance courante et des taux long terme », précise Mirela Vlad. Conséquence : le poids de la dette italienne diminue à 16 % contre 24 % en moyenne pour l’indice EuroMTS Global. « Si on avait utilisé ce type d’indice, le poids de certaines dettes, comme celle du Portugal, aurait peu à peu diminué sans attendre le couperet de la dégradation des agences de notation. C’est ce qu’ont montré nos ‘back-tests’. » Ces indices, qui semblent plus représentatifs, permettraient donc aux investisseurs de mieux lisser leurs positions. Un bon moyen d’éviter de jongler avec les changements de notations.

A lire aussi