L'avis de... Frédérique Cerisier, économiste à BNP Paribas

« Il y a des incompatibilités entre effort budgétaire et compétitivité »

le 25/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Les politiques budgétaires placées sous l’observation du semestre européen vont-elles accentuer l’austérité en zone euro cette année ?

La pression va diminuer. Pour 2013, la politique budgétaire d’ensemble en zone euro sera deux fois moins restrictive qu’en 2012 : 0,8 point de PIB contre 1,5 point d’efforts structurels l’an dernier. Mais cette amélioration est mal répartie car elle est due uniquement à deux grands pays : l’Allemagne, à la politique budgétaire neutre, et l’Italie, dont l’impact négatif de la politique budgétaire va passer de 2,3 points en 2012 à 1,3 point cette année. Cela va permettre à la récession italienne de s’atténuer d'un point de PIB. Plus globalement, il est admis que la consolidation budgétaire avec des objectifs identiques et à date fixe pour tout le monde ne peut pas être la réponse à la crise des dettes souveraines. L’idée est d’accorder à chaque pays un rythme de consolidation structurelle approprié et d’éviter le spectacle d’objectifs de déficits publics mouvants ou faisant l’objet de collectifs budgétaires à répétition.

L’Italie en récession arrive-t-elle au bout de son ajustement budgétaire ?

Le cas italien est intéressant à plus d’un titre et va permettre de tester la sensibilité à la rigueur de la Commission européenne. Le pays présente un excédent primaire, un déficit public nominal de 3 % du PIB fin 2012 et un déficit structurel de 1,4 %. Il doit en principe sortir cette année de la procédure pour déficit excessif. Or le gouvernement sortant de Mario Monti a décidé de verser aux entreprises les énormes arriérés de paiement que l’Etat leur doit, ce qui représente une facture de 2,5 % du PIB étalée sur deux ans. Cette mesure n’a aucun impact sur le déficit structurel et va soulager la trésorerie des entreprises dans un environnement de grande rareté du crédit bancaire. Personne ne peut critiquer cette mesure, surtout pas à Bruxelles. Pourtant, elle peut empêcher de clore la procédure pour déficit excessif. Le verdit est attendu fin mai.

Déséquilibres, déficits... Courir plusieurs lièvres à la fois est-il possible ?

Il y a des incompatibilités entre effort budgétaire et restauration de la compétitivité. D’une part, il est demandé d’améliorer la croissance nominale pour réduire les déficits publics. De l’autre, l’amélioration de la compétitivité passe par la baisse des salaires et des prix. Comment mener de front deux objectifs aussi antinomiques ? Une véritable coordination des politiques économiques - ce que le semestre européen à l’ambition d’être - impliquerait de hiérarchiser ces objectifs, de leur assigner un ordre.

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