L'avis de... Gilles Moec, chef economiste chez Deutsche Bank



« Il y a un défaut de coordination entre l’Etat central et les régions »

le 16/05/2013 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi l’Espagne a-t-elle du mal à réduire son déficit public ?

Une grande partie du déficit s’explique par une composante cyclique. Premièrement, l’Espagne est un pays relativement fermé. 70 % du PIB vient de la demande intérieure, ce qui accentue l'effet de l'austérité sur la croissance, et en retour les recettes fiscales. Deuxièmement, le mauvais état du système bancaire déprime la distribution de crédits au secteur privé, qui doit de toute façon se désendetter. Il répond à cette absence de crédits en comprimant son besoin de financement, ce qui se traduit par une austérité salariale sans précédent en Espagne, ainsi qu'à une destruction massive d'emplois. Troisièmement, dès 2010-2011, le pays était sorti transitoirement de la récession grâce au soutien des exportations. Il a démontré qu’il était assez agile dans sa réponse aux signaux en provenance des marchés extérieurs et affichait une très bonne performance des exportations. Malheureusement, depuis six mois, les grands clients de l’Espagne sont en panne : l’Allemagne, la France et d’autres pays en dehors de l’Union européenne. Même si les exportations espagnoles se portent toujours mieux que la moyenne européenne, ce n’est plus aussi brillant. Ces trois raisons aboutissent à un déficit de croissance massif qui pèse énormément sur les rentrées fiscales.

Le pays va-t-il continuer à appliquer des mesures d’austérité ?

Il y a un défaut de coordination entre l’Etat central et les régions, qui était l'une des raisons du stress des marchés. Il n’y avait pas de contrôle du déficit dans les régions. Mais en 2012, les chiffres se sont améliorés. Les Européens ont enfin admis qu’imposer des objectifs draconiens de réductions de déficit en Espagne sans tenir compte de la conjoncture n’a aucun sens. L'austérité espagnole sera plus graduelle, assise sur un scénario macroéconomique qui me paraît désormais plus crédible. Il faut néanmoins accepter une augmentation forte de la dette publique. Cette stratégie est au fond acceptable si elle s'accompagne de réformes structurelles qui relèveront le potentiel de croissance et donc la soutenabilité de la dette.

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