L'avis de... Roberto Artoni, professeur de finance à l'Université Bocconi de Milan

Il sera difficle d'atteindre l'équilibre budgétaire en 2013

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Quelle est la situation des finances publiques aujourd’hui ?

L’Italie est parvenue à réduire son déficit public qui s’est établi à 3,8% du PIB en 2011 contre 4,5% en 2010. A titre de comparaison, il s’élève en France à 5,2% du PIB. Ce résultat s’explique grâce aux plans d’austérité adoptés en 2011 par les gouvernements Berlusconi et Monti. Ces correctifs budgétaires étaient nécessaires pour des raisons financières. Il fallait freiner notamment la spéculation sur les taux d’intérêt des titres publics. Aujourd’hui, l’Italie a un relatif contrôle de ses comptes publics. En revanche, la dette publique de 1.900 milliards d’euros reste colossale, représentant près de 120% de son PIB. Le problème, c’est que ces plans draconiens ont eu des effets négatifs sur l’économie réelle.

C’est-à-dire ?

Les activités productives du pays ont été fortement affectées, l’emploi a reculé, la distribution des revenus s’est concentrée davantage sur les catégories sociales aisées, la consommation est en baisse. Le gouvernement peine à relancer la croissance. Si le PIB chute et les dépenses publiques augmentent, il sera difficile pour l’Italie d’atteindre l’équilibre budgétaire fin 2013 comme il s’y est engagé. Dette publique d’un côté et croissance atone de l’autre conditionnent fortement les perspectives du pays.

Quel scénario peut-on prévoir en cas de détérioration ultérieure de la conjoncture ?

Le gouvernement a assuré qu’il ne prendrait pas d’autres mesures d’austérité. Les Etats-Unis par exemple sont en train de mener une politique budgétaire de soutien à l’activité et non pas restrictive comme en Europe. Tout se jouera en fait au niveau européen par rapport à l’Allemagne. Il faut espérer que Berlin assouplisse ses positions. Il faudra voir surtout si les autorités budgétaires de l’Union européenne sauront se montrer plus flexibles dans leurs critères et leurs objectifs. Dans ce contexte, l’élection présidentielle en France constituera un passage clé, en fonction notamment de l’attitude du futur président français par rapport à l’Allemagne.

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