L'avis de... Minggao Shen, économiste chez Citi

« Il n'y a pas de consensus parmi les dirigeants sur le besoin de réformes »

le 24/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Quels sont les objectifs de la zone pilote de libre-échange ?

D'abord, le gouvernement veut accomplir une libéralisation financière. D'ici à trois ans, dans la zone, les taux d'intérêt seront libéralisés, le renminbi sera convertible, le compte financier sera ouvert et les barrières à l'entrée pour les banques étrangères seront levées. Il devra y avoir une certaine connexion, des flux croisés entre la zone et le reste de la Chine. Cela amènera des possibilités d'arbitrage, de la spéculation et de la volatilité. Il y aura donc besoin de régulation. Ensuite, la liste négative d'investissements est révolutionnaire. Tout ce qui n'y figure pas est autorisé dans la zone. Bien qu'il y ait des risques liées à sa mise en œuvre, c'est une réforme importante.

Pour l'instant, le gouvernement n'a-t-il pas recours aux mêmes vieux outils pour stimuler la croissance et éviter les réformes ?

Si. Comme le rebond de la croissance à 7,8 % au troisième trimestre le montre, l'économie chinoise s'appuie toujours sur son ancien modèle. Cela peut continuer quelques années, mais pas indéfiniment. Il semble qu'il n'y ait pas de consensus parmi les dirigeants sur le besoin de réformes. Cependant, le gouvernement a donné un calendrier pour la zone : 2 à 3 ans. En Chine, les dirigeants établissent rarement des calendriers. Donc si rien ne se passe d'ici là, ils seront tenus pour responsables.

Qu'attendez-vous du troisième plénum du parti communiste en novembre ?

Je serai attentif à trois messages. Premièrement, est-ce que le gouvernement est prêt à prendre des décisions douloureuses à court terme ? Par exemple, les gouvernements locaux et les entreprises publiques doivent se désendetter. S’ils le font, la croissance tombera à 5-6 % et le chômage augmentera. Mais s'ils ne le font pas, la situation pourrait devenir encore plus douloureuse à long terme. Deuxièmement, je regarderai si la réforme des entreprises publiques est à l'ordre du jour. Il faut résoudre l'inefficacité de l'investissement et promouvoir l'innovation. Mais le gouvernement devra accepter plus de volatilité. Par exemple, il ne pourra plus ordonner aux entreprises publiques d'embaucher lorsque le chômage augmente. Enfin, il faut voir s'ils sont prêts à défendre l'emploi au détriment de la croissance. A l'avenir, il y aura un décalage entre les deux. Une croissance au-dessus de 7 % ne maintiendra pas nécessairement le chômage à un niveau bas. Pour défendre l'emploi, ils doivent déréguler le secteur des services, qui a une plus forte intensité de main-d'œuvre. Il n'est pas difficile de savoir ce qui doit être fait. La question est de savoir quand cela sera fait.

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