L'avis de... Thierry Roncalli, directeur de la recherche chez Lyxor

« Il n’existe pas de référent pour juger l’allocation action/obligation »

le 28/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Alors que se développent les stratégies de « risk-parity » qui reposent sur des allocations multi-actifs, n’y aurait-il pas intérêt à développer des indices multi-actifs ?

Si bien sûr. Ce serait un formidable outil de benchmarking. Dans les années 80, un investisseur pouvait toujours prétendre être bon car le CAC n’existait pas, il n’y avait pas de référent. Aujourd’hui, il en va de même pour l’allocation multi-actifs : il n’existe aucun benchmark permettant de juger de la pertinence de l’allocation entre obligations et actions (et a fortiori avec les matières premières, NDLR). Les investisseurs institutionnels sont incapables de mesurer la qualité de leur pondération des différentes classes d’actifs. Ils se comparent sur leurs performances mais pas sur leur allocation.

Pourquoi faites-vous référence à la composition classique 60 % action, 40 % obligation d’un portefeuille ?

La plupart des fonds de pension ont aujourd’hui des stratégies de mix action/obligation qui restent constantes dans le temps. Or contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce ne sont pas des positions neutres, bien au contraire. Les marchés évoluent, une pondération figée est en fait un pari dans le temps : si l’on se réfère au fonds souverain norvégien dont l’allocation oscille autour du portefeuille classique 60 %/40 %, on peut constater qu’en 2007, cette stratégie était en fait un pari négatif sur les actions (la pondération des actions dans les pays développés était supérieure). En revanche, depuis, le fonds joue de manière implicite la hausse des actions : au quatrième trimestre 2009, son portefeuille était exposé à 62,3 % sur les actions alors qu’elles ne représentaient que 50,2 % des marchés financiers des pays développés.

Vous avez commencé à élaborer de tels indices de manière théorique. Quels enseignements pouvez-vous d’ores et déjà en tirer ?

On observe de fortes disparités entre les pays. Depuis 1995 par exemple, le poids des actions a globalement baissé au Japon, quand il a augmenté aux Etats-Unis. Au début de l’année 2012, la pondération action représentait 65,7 % aux Etats-Unis, 29,4 % au Japon et 53 % en France où elle était de 74 % en 2008. Difficile, dans ce contexte, de défendre les allocations figées.

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