L'avis de... Javier Quesada, professeur à l’Ivie (Institut de recherches économiques de Valence)

« Il faut sortir de la crise en ayant fait les réformes »

le 22/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Que pensez-vous de la décision prise par l’Eurogroupe en matière de réduction du déficit public à 5,3 % du PIB ?

Le nouvel objectif de réduction du déficit à 5,3 % du PIB est plus réaliste que celui de 4,4 % prévu initialement. Personne n’imaginait réellement que le gouvernement espagnol allait pouvoir faire un ajustement de cette taille, de plus de 50 milliards d’euros. L’effort de réduction des dépenses publiques aurait été extraordinaire.

Existe-t-il un risque d’asphyxie de l’économie espagnole ?

Avec le nouvel accord, on va réduire moins cette année mais plus l’an prochain. Si on réduit avec excès, l’atonie de l’économie pourrait empêcher d’atteindre l’objectif à moyen terme. Cette décision va asphyxier davantage l’économie mais c’est inévitable. Elle nous est imposée par l’Europe et les marchés financiers. Si nous ne la respectons pas, nous sommes perdus. Il faut s’incliner. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la relance de l’économie mais la reprise peut être rapide une fois qu’on respecte les conditions internationales. Il vaut mieux serrer la ceinture maintenant pour la relâcher ensuite que l’inverse.

Les résultats seront-ils au rendez-vous ?

Les réformes sont nécessaires et on ne peut les faire qu’en période de crise. Il faut donc profiter de celle-ci pour les mener à bien. Il faut arriver à une situation similaire à celle de nos voisins européens. Sortir de la crise n’est pas suffisant, il faut sortir en ayant fait des réformes. Si on ne fait rien, on se retrouvera face au même problème. Si on sort de la crise parce que l’Allemagne, la France et les Etats-Unis vont mieux, on aura de nouveau un taux de chômage absurde lors de la prochaine crise. C’est pour cela que la réforme du travail est nécessaire, tout comme la réforme du système bancaire et celle des administrations publiques.

Il faut donc changer le modèle économique espagnol ?

Il faut profiter du fait que les Espagnols ont peur pour leur faire accepter ces changements. Sinon, ils vont penser que ce n’était pas nécessaire mais ils se trompent. Le moyen terme est plus important que le court terme. L’économie ne peut pas revenir à la situation de 2007. Il faut changer les mentalités, forger un nouveau concept du travail, de dirigeants, d’entrepreneurs, de banquiers, de syndicats. Il faut se référer à un nouveau concept de travail, de formation et de flexibilité.

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