L'avis de… Valérie Villafranca, responsable de l’activité gestion des risques pour les banques et sociétés de gestion chez Accenture

« Il faut une rémunération qui prenne en compte la dimension risque »

le 17/02/2011 L'AGEFI Hebdo

En qualité de conseil, comment avez-vous vu évoluer la fonction de gestion des risques dans les sociétés de gestion ?

En 2002, lors de mes rencontres avec d’importants asset managers de la place afin de les sensibiliser à la problématique de gestion des risques, leurs réactions étaient unanimes : n’étant pas détenteurs des capitaux confiés, le risque était porté par un tiers « providentiel », le client. D’ailleurs, dans une étude que j’avais menée à l’époque, 92 % des participants déclaraient disposer d’une fonction de contrôle dédiée. Or dans la réalité, 45 % des gestionnaires sollicités associaient la fonction de compliance (déontologie, NDLR) avec la fonction de contrôle des risques et 18 % lui donnaient des attributions d’audit interne. Par ailleurs, dans 15 % des situations, cette fonction était rattachée à la direction des investissements, posant un problème d’indépendance. Mais dans tous les cas, le risk manager était considéré comme un « empêcheur de tourner en rond ».

L’accueil est-il aujourd’hui plus « chaleureux » ?

Les événements récents ont profondément modifié la perception de la fonction risque ! Un actif sous gestion en baisse et ce sont leurs revenus qui plongent. Une garantie à activer dans les OPCVM à capital protégé ou garanti et c’est la maison mère qui doit payer. Il y a eu des progrès considérables au niveau des systèmes d’information. Or la crise a démontré que les seuls outils et systèmes informatiques ne suffisaient pas et qu’il fallait développer une véritable culture du risque au sein de la société.

Comment peut-on diffuser cette culture du risque ?

Il faut tout d’abord modifier les profils et recruter des collaborateurs de haut niveau qui soient au plus près du métier, ayant une bonne connaissance des risques sous-jacents, comme des anciens gérants, des banquiers… et qui ne s’imposent pas comme simples contrôleurs. Mais il faut également changer les mentalités. Cela doit passer par la diffusion d’informations et de formations, mais également par un système de rémunération qui prenne explicitement en compte la dimension risque.

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