Rencontre avec... Philippe Tibi, président de l’Association française des marchés financiers (Amafi)

« Il faut remédier au déficit d’épargne longue en France »

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Le palais Brongniart et son reflet, symbole de la Place de Paris. Xavier Popy/REA

Pourquoi la Place de Paris recule-t-elle dans les classements internationaux ?

Les seuls critères qui comptent sont la valeur ajoutée créée par le secteur financier, le nombre d’emplois et la diversité des services. De ce point de vue, la crise financière a affaibli Paris par rapport à Londres depuis plusieurs années déjà, d’autant plus que la récession a eu plus d’impact en Europe continentale. Il faudrait avant tout prendre des mesures pour remédier au déficit d’épargne longue en France. C’est primordial. Londres bénéficie non seulement des capitaux des fonds de pension britanniques, mais aussi de capitaux internationaux, c’est ce qui fait sa force. En France, l’épargne est allouée principalement à l’assurance-vie, qui reste un de nos atouts, mais qui a réduit son allocation en titres risqués, en particulier en actions.

En juillet 2012, le ministre de l’Economie Pierre Moscovici avait déclaré qu’il voulait « appuyer résolument le développement de la Place financière de Paris ». A-t-il tenu promesse ?

Nous ne doutons pas des intentions du ministre, mais les faits donnent à voir une sombre réalité. Nous avons eu un alourdissement de la fiscalité des revenus du capital, même si on tient compte des derniers ajustements. La France joue aussi un rôle de premier plan dans le projet européen de taxe sur les transactions financières, formidable outil de délocalisation vers les pays qui ne l’appliqueront pas. Et ce dans un contexte pénalisant pour le financement de l’économie française : les normes de Bâle 3 réduisent la capacité des banques à octroyer des prêts à long terme, et la directive Solvabilité 2 pénalise les assureurs qui investissent en actions. Les annonces récentes sur la réorientation d’une partie de l’assurance-vie vers les contrats investis en actions et la mise en place d’un PEA-PME vont dans le bon sens, mais ne sont pas à la hauteur des enjeux. Au bout du compte, notre écosystème actuel n’est pas en mesure de répondre à une éventuelle reprise de la demande de financement.

La banque publique d’investissement, bpifrance, peut-elle pallier ce déficit de financement ?

Elle n’a pas de moyens en capital nouveaux par rapport aux institutions qu’elle remplace, et ne peut pallier toutes les insuffisances. Il faudrait la compléter par un dispositif désintermédié. Nous soutenons un projet de recapitalisation du Fonds de réserve pour les retraites afin de créer un choc de financement, avec une allocation plus agressive au bénéfice des PME et du capital-risque.

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