L'invitée de L'Agefi

Il faut plus de transparence dans la valorisation des actifs

le 21/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Les sociétés de gestion doivent analyser la qualité de crédit d'un nombre bien plus grand de contreparties pour leurs diverses transactions.

Par Céline Fernandez, senior director chez Standard & Poor’s Valuation & Risk Strategies* à Paris

La crise financière a mis à jour le sentiment général du marché selon lequel la valorisation des instruments financiers ne révèle pas forcément tous les risques inhérents. Comprendre la relation entre les risques de marché et de crédit et le rendement d’une émission est devenu, de notre point de vue, une prérogative essentielle pour les gérants d’actifs en fixed income comme pour les investisseurs. En effet, la perspective d’un défaut de paiement de la dette souveraine a généré des craintes de contagion à travers l'Union européenne. Les gérants se sont montrés plus prudents quant à la solvabilité de plusieurs pays « périphériques » de la zone euro. Les investisseurs tentent désormais d’identifier le véritable risque de contrepartie en cas d’accélération des dégradations ou défaillances des notes souveraines. Nous avons constaté, en réponse à ces préoccupations, une transition vers les actifs moins risqués comme les titres garantis par les Etats, le marché du cash et les matières premières. Il y a également une demande croissante pour les portefeuilles corporate d'obligations à plus court terme, la duration moyenne des portefeuilles passant de cinq à trois ans.

Dans ce nouveau contexte, les acteurs des marchés financiers cherchent à faire évoluer leur approche de la gestion des risques. De notre point de vue, les sociétés de gestion doivent se donner les moyens d’analyser la qualité de crédit d'un nombre bien plus grand de contreparties pour leurs diverses transactions, notamment des sociétés non notées, afin de mesurer avec plus de précision et de manière plus exhaustive le risque de contrepartie dans leurs portefeuilles. L’incertitude liée aux risques de contrepartie et dans les activités de lending et d’investissement a vraisemblablement conduit à la baisse, certes provisoire mais significative, des émissions corporate en Europe depuis le début de la crise de la dette. Les acteurs du marché cherchent donc à évaluer la qualité de crédit de toutes leurs transactions, ainsi que les limites de risque qu’ils devraient fixer pour leurs investissements, et réadapter leurs stratégies d’allocations d’actifs à cette nouvelle donne.

Ce processus a de plus contribué à la nécessité accrue d’évaluer les obligations corporate de manière relative, au travers d’une analyse approfondie des risques de crédit et de marché. Le principal défi pour les investisseurs dans cette approche relative value est de pouvoir comparer des mesures de risque de crédit (telles que la probabilité de défaut) et de risque de liquidité (prix des obligations) au rendement offert par chaque instrument, puis de comparer cette performance à celle des autres obligations sur le marché.

Au travers de nos discussions avec les acteurs du marché, il est clair qu’ils sont aujourd’hui avides de plus de profondeur d’information dans la valorisation des actifs. Dans le même temps, en vue des évolutions réglementaires en cours, la demande pour des modèles de bench-

marking, des outils de suivi des risques de contrepartie et des analyses de stress tests (tests de résistance) est en plein essor. Une gestion des risques efficace implique d’offrir le plus de transparence possible à tous les acteurs du marché dans un même effort. Les asset managers s’engagent aujourd’hui dans une nouvelle ère de gestion des risques ; ils se différencieront en se tournant vers des outils et bases de données qui couvrent toutes classes d’actifs, leur permettant de mesurer notamment les risques de corrélation, ou encore de tester les effets de mouvements d’une variable sur les portefeuilles. Les gérants pourront ainsi appréhender le risque de manière globale et exhaustive sur tous les actifs en portefeuille, et adapter leurs stratégies d’investissement en fonction de ces éléments.

*Standard & Poor’s Valuation and Risk Strategies (VRS) est une division entièrement indépendante de toute autre activité analytique et éditoriale de Standard & Poor’s, y compris des activités de notation

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