L'invité de L'Agefi

Il faut investir pour financer les retraites

le 17/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Les dirigeants des entreprises, des banques et des gouvernements doivent inciter les investisseurs en vue d’une croissance à long terme.

Par James Charrington, président de BlackRock Emea

Le sentiment des dirigeants d’entreprise semble actuellement quasi unanime : l’activité commence à se porter mieux que prévu, mais l’ambiance générale reste vraiment déprimée. Dans le même temps, les investisseurs particuliers sont perplexes, frustrés, voire furieux, face à la stagnation des revenus, à la faiblesse des rendements et au report de l’âge du départ à la retraite à travers l’Europe. Ils s’inquiètent de l’impossibilité d’épargner suffisamment pour l’avenir, ce qui les plonge dans l’incertitude.

En conséquence, des milliers de milliards d’euros restent en jachère. Les sociétés de l’EuroStoxx 600 sont assises sur une trésorerie de l’ordre de 614 milliards d’euros, ce qui correspond à 10,5 % de leur capitalisation boursière. Les liquidités des entreprises sont en train d’être stockées à travers le monde malgré le rendement dans la plupart des cas négatif de ces dépôts une fois corrigés de l’inflation. Les titulaires de ces dépôts sont donc certains de ne pas pouvoir ainsi se constituer une épargne suffisante pour leur retraite.

Nous sommes au cœur d’une « parfaite tempête », caractérisée par la conjonction du vieillissement des populations, du mouvement de désendettement des économies, du transfert des emplois et de la disparité des revenus, le tout sur fond de croissance anémique et de faibles rendements - au moment où les rendements et les opportunités économiques sont plus indispensables que jamais. Dans ce contexte, les particuliers, les entreprises et les fonds de pension du monde entier partagent la même interrogation : « Que faire de mon argent, dans ces conditions ? »

La réponse est identique à tous les niveaux : il faut recommencer à faire fructifier cet argent pour financer les retraites et stimuler la croissance économique. Il faut tout simplement convaincre les épargnants à court terme de devenir des investisseurs à long terme. Nous devons convaincre les particuliers de commencer immédiatement à investir en vue de leur retraite et les aider à dépasser le mix traditionnel 60/40 d’actions et d’obligations qui, aux faibles rendements actuels, ne permettra certainement pas de générer des rendements suffisants. Il est de la responsabilité morale des employeurs d’aider les employés à temps plein comme à temps partiel à combler l’insuffisance de l’épargne-retraite. Quel que soit le régime, les employeurs doivent garantir une meilleure transparence concernant le revenu que leurs employés peuvent attendre à l’âge de la retraite. Au niveau institutionnel, les fonds de pension doivent revoir les niveaux des prestations et des contributions, ainsi que les directives d’investissement obsolètes qui limitent leur capacité à pallier l’insuffisance des rendements nécessaires pour honorer leurs engagements.

Alors que l’octroi de crédit bancaire est limité par les exigences de fonds propres, les marchés des capitaux sont plus nécessaires que jamais à la croissance. La communauté financière et les gouvernements doivent convenir d’une réglementation pratique permettant d’accroître la confiance sur les marchés, prévoyant par exemple une approche adaptée de la compensation centralisée des instruments dérivés, un système de garantie intégrale des opérations de trading pour compte propre, et une meilleure transparence s’agissant de la nature, des risques et des coûts des produits financiers.

Nous avons besoin d’une structure fiscale qui encourage la croissance à long terme, notamment d’un régime d’imposition des plus-values favorable aux investissements sur plus de trois ans. Les entreprises devront accepter certaines concessions dans cette optique. Enfin, les gouvernements doivent avoir le courage d’investir pour l’avenir dans l’éducation, dans de nouvelles infrastructures et dans la recherche, quand bien même ces investissements ne porteront leurs fruits qu’après le prochain cycle électoral.

Il faut que les dirigeants des entreprises, des banques et des gouvernements réagissent et prennent des mesures concrètes pour rassurer les investisseurs et les inciter à investir en vue d’une croissance à long terme. Nous devons répondre à l’appel.

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