L'avis de... Philippe Noyard, responsable de la gestion high yield et arbitrage crédit chez Dexia AM

« Il faut être flexible dans la construction des portefeuilles »

le 19/07/2012 L'AGEFI Hebdo

De quels outils disposez-vous pour couvrir vos portefeuilles d’obligations à haut rendement ?

Aujourd’hui, il faut être flexible dans la construction des portefeuilles et avoir des convictions fortes, ce que nous permet notre analyse. L’un des grands changements ces dernières années a été le développement des dérivés de crédit. Ce marché est de plus en plus liquide, ce qui permet aux investisseurs de mieux se couvrir contre le risque de crédit mais aussi de prendre une exposition sur le marché ou sur un émetteur. En Europe, ils peuvent acheter (short) ou vendre (long) de la protection via l’indice iTraxx Crossover qui regroupe les CDS (credit default swaps) des 50 entreprises high yield les plus liquides. Pour gérer les risques extrêmes, nous utilisons des options sur ces contrats qui offrent une plage importante de maturités et de prix d’exercice. Toutefois, il est préférable pour un investisseur de déléguer ces stratégies de couverture car elles nécessitent une approche dynamique.

Ces couvertures ne coûtent-elles pas cher à l’investisseur ?

Effectivement, cette stratégie de couverture d'un portefeuille à haut rendement par des options peut coûter cher. Mais compte tenu du niveau actuel du taux au jour le jour, de la quasi-absence de rémunération des taux souverains et du faible rendement des obligations corporate investment grade, une telle stratégie offre malgré tout - aujourd’hui - un potentiel de rendement supérieur à un portefeuille obligataire traditionnel.

Le comportement des obligations « high yield » est parfois comparé à celui des actions. Qu’en pensez-vous ?

Elles ont en effet un comportement plus proche de celui des actions que des obligations. Contrairement aux titres de créances émis par des émetteurs investment grade, dont l’évolution est très dépendante de celle des taux de marché, les valeurs high yield sont plus tributaires des évolutions macroéconomiques. Le caractère hybride de ces titres, entre produit action et de taux, n’en font donc pas un substitut pur dans un portefeuille à la classe d’actifs obligataire, mais un investissement complémentaire et diversifiant. D’ailleurs, la corrélation entre les emprunts d’Etat et les obligations à haut rendement est, généralement, inverse.

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