L'avis de... Denis Ferrand, directeur général de COE-Rexecode

« Il faut enrayer le recul de la base industrielle »

le 02/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Peut-on réduire le problème de la compétitivité de l’économie française à une opposition avec l’Allemagne ?

Ce n’est pas si simple. La perte de compétitivité de l’industrie française depuis une quinzaine d’années est extrêmement visible par rapport à l’Allemagne, mais elle se constate contre la plupart des concurrents. Dans la zone euro, seule l’Irlande a connu une progression de ses exportations de marchandises plus lente que celle de la France. Qui plus est, sur la période courant de 1999 à 2007, les pertes de parts de marché ont été homogènes, sur les plans sectoriel et géographique. Elles affectaient tous les secteurs de production et la quasi-totalité des marchés géographiques. Avec nos partenaires qui partagent l’euro, l’industrie française perdait 3,2 % de parts de marché chaque année. Entre 2007 et 2011, la chute de la compétitivité de l’industrie manufacturière s’est atténuée. La perte de parts de marché est inférieure à 1 % l’an et certains secteurs s’en sortent bien comme les transports (hors automobile) ou les industries agroalimentaires. On constate aussi un regain relatif vis-à-vis de nos partenaires européens, et même des gains avec l’Asie hors Chine et Inde, l’Afrique, la Russie qui pèsent tout de même environ 10 % du commerce extérieur de la France.

Les exportations de services ont-elles compensé pour partie le déclin des exportations industrielles ?

Malheureusement non. La perte de compétitivité ne se cantonne pas à la seule industrie manufacturière, même si cette dernière concentre l’essentiel du problème et demeure la principale caisse de résonance des pertes de parts de marché. C’est tout le système productif français qui est concerné. A titre d’exemple, la part des exportations françaises de services dans les exportations de services de la zone euro est passée de 25 % à 14 % en vingt ans.

Le débat se focalise en France sur la hausse des coûts salariaux unitaires. Est-ce la bonne explication ?

Par rapport à la moyenne de la zone euro, nous ne constatons pas, au cours de la décennie 2000, de dérive des coûts salariaux unitaires de la France. Il y en a eu une en revanche relativement à l’Allemagne. La hausse a été très forte - faut-il s’en étonner ? - en Espagne, en Italie, en Grèce et en Irlande.

Comment restaurer la compétitivité de l’industrie française ?

C’est un travail de longue haleine qui nécessite d’enrayer le recul de la base industrielle, d’interrompre le cercle vicieux de la baisse relative de la valeur ajoutée et de l’excédent brut d’exploitation industriel. Restaurer les marges des entreprises pour relancer l’investissement, notamment dans la recherche-développement, et laisser à la négociation entre les partenaires sociaux le triptyque durée du travail-emploi-salaire.

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