Rencontre avec... David Hallam, directeur de la division du commerce et des marchés de la FAO*

« Il faut éliminer les politiques de soutien aux biocarburants »

le 22/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Depuis le premier G20 Agriculture en juin 2011, les discussions sur les restrictions à l’exportation ont-elles progressé ?

Les restrictions à l’exportation sont devenues très controversées ces dernières années. En 2008, elles ont poussé les prix à la hausse sur certains marchés, notamment sur celui du riz, alors que l’offre était suffisante. Certaines mesures sont toujours en place, soit pour assurer la sécurité alimentaire, soit, dans le cas des taxes à l’exportation en Argentine, pour contribuer aux recettes de l’Etat. Cette année, les pays se sont abstenus d’en mettre en place. Les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en la matière sont vagues, à la différence de celles sur les droits de douane. Un pays peut limiter ses exportations temporairement si sa sécurité alimentaire est menacée et s’il en informe ses partenaires commerciaux. L’OMC a reconnu le problème, mais les discussions ne progressent pas. L’Accord sur l’agriculture a été conclu à une époque où le marché était largement approvisionné, et met donc l’accent sur la baisse des subventions à l’exportation. Aujourd’hui, la situation est très différente.

Les politiques de soutien aux biocarburants ont-elles changé ?

Nous sommes préoccupés par le fait que la production de biocarburants progresse parfois uniquement à cause de politiques de soutien qui faussent le marché. La demande induite est inélastique et pousse la volatilité et les prix à la hausse. Les Etats-Unis éliminent progressivement leurs barrières douanières, mais continuent d’imposer une certaine proportion de biocarburants. Des Etats américains ont demandé cet été une dispense à l’Agence de protection de l’environnement (EPA), et la production a déjà commencé à baisser. En Europe, la Commission a proposé une directive plafonnant à 5 % l’incorporation de biocarburants produits à partir de cultures alimentaires. Nous recommandons d’éliminer ce genre d’obligations, ou au moins de les rendre plus flexibles en cas de crise.

Où en est la mise en place de stocks humanitaires d’urgence ?

Nous avions recommandé la mise en place de stocks à but humanitaire en cas de problème d’approvisionnement, et non pour influencer les prix, ce qui serait très coûteux et n’a jamais bien fonctionné par le passé. Le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont récemment lancé un projet pilote en Afrique de l’Ouest.

*Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture.

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