Rencontre avec... Keith Noyes, directeur pour la région Asie-Pacifique de l’Isda (International Swaps and Derivatives Association)

« Il existe un risque de fragmentation des marchés »

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Où en est la régulation des marchés de dérives de gré à gré en Asie ?

Lors de la crise financière, les dérivés ont été critiqués en Asie à cause de ventes inadaptées. Cela concernait des produits de couverture vendus à des entreprises et utilisés à des fins spéculatives (options « knock-in knock-out » en Corée, transactions sur changes à levier en Inde et en Indonésie…), et des produits structurés vendus par des réseaux (comme les mini-bonds de Lehman Brothers) à Hong Kong, Singapour et Taïwan. Chaque juridiction a mis en place des règles pour prévenir de telles pratiques. Les pays asiatiques se sont également engagés à mettre en œuvre les réformes du G20, bien qu’elles ne traitent pas les maux dont ils ont souffert pendant la crise. Rien n’indique qu’ils essaient de profiter d’un arbitrage réglementaire. La régulation en Asie sera aussi stricte, voire plus, que sur les autres marchés mondiaux. Hong Kong et Singapour, en particulier, ont exprimé leur désir d’harmoniser leurs règles avec celles des Etats-Unis et de l’Europe. Cela demandera un ajustement du calendrier puisque nombre d’entre elles doivent encore être élaborées, notamment celles de la loi Dodd-Frank.

Il devrait y avoir plusieurs référentiels centraux et chambres de compensation en Asie. Est-ce un problème ?

D’un point de vue logistique, il est possible de notifier des transactions à plus d’un référentiel. Les problèmes surviennent quand les référentiels demandent des données dans des formats différents ou via des plates-formes différentes (comme à Taïwan), ce qui nécessite des dépenses informatiques supplémentaires, ou quand les juridictions mettent des barrières au partage des données entre référentiels. Le secret bancaire en Corée, en Inde et en Chine empêcheront les référentiels d’enregistrer toutes les transactions. La compensation est plus problématique car un dérivé ne peut être compensé que dans un seul endroit. Si une transaction doit être compensée dans deux endroits simultanément, elle ne pourra pas se faire. Le nombre de chambres de compensation créées en Asie entraînera inévitablement une fragmentation des marchés. Plus de « collateral » sera immobilisé dans différentes chambres, et les institutions qui voudront en rejoindre plusieurs devront leur consacrer plus de ressources. Les volumes seront bien moins élevés qu’aux Etats-Unis ou en Europe, donc on peut s’attendre à ce que les coûts soient supérieurs.

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