Rencontre avec... Pierre-Emmanuel Crama, responsable opérationnel due diligence chez Signet Management

« Il est difficile de savoir si la directive aura un effet positif sur la Place financière londonienne »

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment réagissent les fonds alternatifs outre-Manche face à l’introduction prochaine de la directive AIFM* ?

La raison d’être de la directive n’est pas contestée. Son objectif de protéger les investisseurs européens et de réduire le risque systémique afin d’éviter la crise financière de 2008 a été accepté par l’industrie. En revanche, le passage à l’exécution reste vague et incertain. Dans la majorité des cas, les sociétés de gestion londoniennes sont inquiètes mais aussi agacées devant le manque de certitudes découlant de cette directive. Dans ces circonstances, il est difficile de savoir si elle aura un effet positif sur la Place financière londonienne.

Quels sont les sujets sur lesquels achoppent actuellement les gérants britanniques ?

Les sociétés de gestion sont supposées entreprendre de grands travaux pour adapter leurs infrastructures à un schéma où la gestion de portefeuille sera complétée par le contrôle des risques. Or, le manque de détails dans la directive ne permet pas à l’heure actuelle de prendre des décisions informées sur ces changements. Les questions de délégation de portefeuille et de délégation de gestion de risque manquent aussi de clarté et les directeurs généraux des fonds alternatifs dans lesquels nous investissons sont très inquiets. Enfin, ces gérants se demandent aussi comment aborder la question du reporting, qui sera beaucoup plus rigoureuse et exigeante que par le passé. La conformité aux règles marketing reste également un axe important : si le régime du placement privé pour la commercialisation des fonds à l’intérieur de l’Union européenne restera en place jusqu’en 2015, le dispositif de remplacement n’est toujours pas connu à l’heure actuelle.

Quel impact l’industrie des fonds attend-elle de cette directive en termes de coûts ?

Tout dépendra si la société de gestion a l’intention de prendre en charge l’ensemble de ses coûts ou bien d’en faire passer une partie sur le fonds lui-même : dans la mesure où le ratio de coûts va augmenter, l’investisseur pourra être mis à contribution. La société de gestion, qui souhaite maintenir sa politique de frais de gestion, pourra aussi essayer de répartir ses coûts sur d’autres entités, soit sur d’autres sociétés de gestion ou encore sur des fonds sous-jacents. De manière générale, on s’attend à ce que les coûts fixes incompressibles nuisent aux acteurs de taille plus modeste. Il est aussi regrettable qu’il n’y ait pas eu plus de cohérence entre les différentes réglementations (SEC, Solvabilité II, Ucits, etc.) car une société de taille moyenne ne pourra pas bénéficier d’économies d’échelle. Alors que la directive entre en vigueur dans quelques mois, le Royaume-Uni est toujours en consultation et les détails ne sont toujours pas finalisés.

*Alternative Investment Fund Managers.

A lire aussi