L'homme clé, Nicolas Dufourcq, directeur général de la Banque publique d’investissement

« Identifier dans chaque filière de potentiels consolidateurs »

le 25/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Nicolas Dufourcq, directeur général de la BPI, veut «dentifier dans chaque filière les entreprises qui ont la capacité de devenir des consolidateurs»

Du bureau mis à sa disposition par la Caisse des dépôts (CDC), Nicolas Dufourcq n’a guère le loisir de profiter de la vue sur la Seine. Le directeur général de la société anonyme BPI-Groupe rencontre une fois par semaine son comité exécutif, a déjà assisté à deux conseils d’administration (les 21 février et 22 avril) présidés par Jean-Pierre Jouyet, directeur général de la CDC, et se félicite que « l’institution travaille encore sous ses trois marques - Oséo, FSI (Fonds stratégique d’investissement, NDLR) et CDC Entreprises -, enrichies de la mention ‘membre de la BPI’ ». Toutefois, tapez les trois lettres « BPI » sur un moteur de recherche internet et vous trouverez la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, le site de Beauté Prestige International ou la Banque Patrimoine et Immobilier… « Il convient de dire bpifrance, précise le patron de la Banque publique d’investissement, pour la distinguer de Banco BPI au Portugal. »

Co-investissements

S’il veut forger une identité à sa banque, les deux mois à venir sont décisifs pour cet inspecteur des finances. Mais il devra composer avec Ségolène Royal qui a tenu sa propre conférence de presse et expliqué que le conseil d’administration, dont elle est vice-présidente, a « un rôle d’alerte et de débat sur les orientations stratégiques de la banque, tandis que l’exécutif gère au jour le jour »... Une fois réglée entre actionnaires (la CDC et l’Etat, à 50/50) la question des valorisations (L’Agefi Hebdo du 11 avril), « les apports devraient être réalisés fin mai ou début juin », indique-t-il. Le pacte d’actionnaires sera alors bouclé. « Il prévoit que le directeur général de la BPI est PDG des deux filiales de la compagnie financière : bpifrance Financement et bpifrance Investissement ». Le 15 mai, ce diplômé de HEC et de l’ENA a rendez-vous avec les parlementaires pour leur présenter sa doctrine d’investissement. Il attend aussi les feux verts des autorités françaises et européennes, ainsi que l’issue de la consultation des partenaires sociaux, entre le 15 et le 24 juin. Il pourra alors élaborer un plan stratégique, en lien avec celui de la CDC annoncé pour l’été. Enfin, « la structure de tête, qui comprend une cinquantaine de personnes, devrait être installée d’ici à la rentrée à Maisons-Alfort (le siège d’Oséo, NDLR), explique le directeur général. La fusion des personnels (2.200 collaborateurs au total) aura lieu au second semestre ».

Quels seront les moyens de bpifrance ? « Ses fonds propres s’élèvent à 21 milliards d’euros.Il reste 3,6 milliards de capital à libérer en 2014. La vente par l’Etat de 3,12 % du capital de l’équipementier aéronautique Safran fin mars, pour 448,5 millions d’euros, constitue une étape, détaille cet ancien cadre du groupe France Télécom. Notre branche Investissement a une capacité d’intervention de 1,3 à 2 milliards d’euros par an, mais qui peut croître de 40 % à 50 % avec des contreparties privées. Quant à celle de financement, qui totalise 5,5 milliards d’euros en coproduction nouvelle, elle n’a pas besoin pour l’instant de tirer sur les lignes de liquidités des fonds d’épargne. »

En matière d’investissement, l’objectif global sera de « créer des champions, confie le directeur général. Non pas de saupoudrer des fonds par filières, mais d’identifier les ETI qui, dans chacune, ont la capacité de devenir des consolidateurs ». Nicolas Dufourcq sensibilisera les équipes de gestion des fonds sectoriels existants à cette démarche. Et mettra à son service « une organisation matricielle avec des filières transverses ». Il estime aussi que bpifrance Investissement pourra développer le « cash-out » afin de racheter des sociétés sous LBO (opération avec effet de levier) à des fonds : « bpifrance doit pouvoir reprendre des sociétés en LBO, sous réserve de valorisations raisonnables, en co-investissant avec des acteurs privés pour apporter des liquidités aux actionnaires ». Elle pourrait même participer à des opérations de retournement. « Nous pourrions passer par des équipes de gestion spécialisées, gérant des fonds nationaux ou régionaux, dans lesquels bpifrance et chaque région pourraient investir respectivement 20 % à 30 % du fonds, développe Nicolas Dufourcq. Cette approche permettrait de compléter l’action des outils existants, tels que le Fonds de consolidation et de développement des entreprises (FCDE). Le FCDE a procédé à 13 opérations, dont 9 sont proches d’une situation de retournement, avec un rendement de 6 % à 8 % sachant qu’il a deux pépites mais enregistré trois faillites. » Ce fonds de capital-développement, doté d’environ 200 millions d’euros, est ainsi financé à hauteur de 90 millions par le FSI (désormais BPI), associé aux principales banques et compagnies d’assurances françaises.

Pour les financements, « il n’y a pas de conflit d’intérêts. Toute décision bancaire dans un dossier où il existe un investissement devra se faire en ‘mark-to-market’, fait savoir Nicolas Dufourcq. Une direction générale des risques est en cours de création, au sein de la structure centrale. Elle permettra de connaître sur un dossier notre exposition globale, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Nous sommes dans une logique de prévention ». La création de BPI-Groupe présenterait donc plusieurs avantages. Et les patrons d’entreprises ne pourront pas se tromper d’adresse : « Les 22 directeurs régionaux de bpifrance sont les directeurs actuels d’Oséo, expose Nicolas Dufourcq. Déjà installés dans les locaux de FSI Régions, ils n’auront plus deux adjoints mais quatre - en charge de l’innovation, du crédit, de l’apport en fonds propres et de l’international. » Pour ce dernier volet, UbiFrance détache 40 collaborateurs, et Coface 20. Dès lors, « il n’y aura pas de synergies de coûts en région et peu dans la structure centrale », estime l’ancien directeur financier de Capgemini.

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