Henderson ajoute sa pierre à la consolidation de la gestion d’actifs

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Le rachat de Gartmore, qui va perdre sa marque dès cet été, relance la course à la taille et aux volumes dans ce secteur.

Le secret le moins bien gardé de l’industrie de la gestion d’actifs outre-Manche a finalement été dévoilé le 12 janvier dernier. Après avoir acquis il y a dix-huit mois New Star Asset Management, le fonds anglo-australien Henderson a fait une offre de rachat sur Gartmore pour un montant de 335 millions de livres (403 millions d’euros), ce qui va permettre à la nouvelle entité recomposée de gérer l’équivalent de 78 milliards de livres. Pour beaucoup, ce rachat, dont la finalisation est attendue au cours des trois prochains mois, constitue une opération dissidente dans la stratégie globale du gérant anglo-australien désireux de renforcer ses opérations aux Etats-Unis et en Asie.

Pour autant, les synergies entre les deux sociétés sont bien réelles : l’acquisition de Gartmore, qui va perdre sa marque dès cet été, permet ainsi à Henderson de renforcer sa présence auprès de la clientèle de particuliers britanniques, passant ainsi de la dixième à la sixième place en termes d’actifs sous gestion au Royaume-Uni. Il lui permet aussi de se développer dans les stratégies d’absolute return, où les marges sont plus importantes. Sur le succès potentiel de ce rapprochement, les avis restent en revanche beaucoup plus prudents : « Gartmore a subi rien moins que trois passations de pouvoir en l’espace d’une décennie, commente Amin Rajan, directeur général de la société de conseil Create-Research. Et cette société dispose d’une véritable culture de gérants-stars, ce qui constitue une erreur en matière de modèle économique pour une entreprise. » Le départ de plusieurs de ses gérants à l’image de Roger Guy, qui gérait 16 % des actifs de Gartmore, ou encore de Guillaume Rambourg l’an dernier avait en effet fragilisé la société en raison du retrait de ses clients. Mais Henderson a cette fois pris les devants en s’assurant de la fidélité d’un certain nombre de gérants de Gartmore, lesquels représentent 84 % des actifs sous gestion du fonds.

Tendance nouvelle

« Au-delà de la transaction en elle-même, ce rapprochement est symptomatique d’une restructuration de l’industrie, aujourd’hui en proie à une course à la taille et aux volumes, souligne Jean de Castries, directeur général d’Equinox Consulting. On s’attend ainsi à un certain nombre de transactions internationales, avec en ligne de mire la nécessité d’une présence à la fois en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. » Si plusieurs acteurs, à l’image d’Aberdeen Asset Management, ont décidé de faire une pause dans leur stratégie de croissance externe, les derniers mois ont été émaillés par un certain nombre de transactions, comme le rachat en octobre dernier par Royal Bank of Canada du britannique BlueBay Asset Management pour près de 1,1 milliard d’euros.

« On assiste actuellement à une tendance nouvelle dans l’industrie consistant à minimiser les coûts d’exécution, comme en témoigne le lancement par Blackrock d’une plate-forme technologique spécialisée dans l’exécution des ordres de gérants pour ses clients », ajoute le directeur général d’Equinox Consulting. Des projets coûteux que ne peuvent donc se permettre que les sociétés les plus imposantes. Mais le secteur, à l’image de nombreux autres, n’est pas à l’abri des difficultés d’intégration : « Dans la gestion d’actifs, on a pu constater au cours des dernières années que pour deux fusions, on assistait en général à une séparation », conclut Amin Rajan.

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