Les « hedge funds » sont moins risqués et plus performants

le 31/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Dans une étude, KPMG relève les meilleures performances de la gestion alternative. Dans la pratique, il faut choisir entre rendements et décorrélation.

Après une année 2011 difficile, les hedge funds ont retrouvé quelques couleurs depuis janvier avec un gain de 4,4 % à fin avril (indice HFRI). De quoi rassurer des investisseurs particulièrement critiques à l’égard de fonds dont les frais de gestion restent, eux, élevés. Dans une étude sur le secteur, parue fin avril, KPMG relève que les gérants de hedge funds ont prélevé pour leurs frais 28 % de la performance brute en moyenne sur la période 1994-2011. « Ces niveaux, qui peuvent paraître élevés, se justifient par la valeur créée en comparaison des autres classes d’actifs, souligne Cyril Julliard, président d’Eraam, une société de conseil spécialisée dans les hedge funds. Les performances de ces fonds sont d’autant plus intéressantes qu’ils apportent une valeur ajoutée dans tous les environnements de marché. » C’est l’une des principales conclusions de l’étude publiée par KPMG pour le compte de l’Aima (Alternative Investment Management Association), une association de gérants de hedge funds. Ces fonds ont dégagé un rendement net annuel moyen de 9,07 %, soit 1,89 point de plus que les actions, 2,82 points de plus que les obligations et 1,8 point de plus que les matières premières.

« Ces résultats ne sont guère surprenants , observe Serge Darolles, chercheur sur la plate-forme des comptes gérés chez Lyxor. Cette étude est pertinente car elle ne se contente pas d’aligner des chiffres. Elle démontre de meilleures performances par rapport à d’autres classes d’actifs en se référant non seulement à ses propres calculs mais aussi à l’abondante littérature académique sur le sujet. » Surtout, l’analyse ne s’arrête pas à la seule comparaison des performances mais les étudie aussi par rapport à la prise de risque et sur la base des corrélations entre les différents actifs. « Les ‘hedge funds’ ne génèrent pas cette surperformance en prenant plus de risque, note KPMG. Leur Value-at-Risk (VaR) est remarquablement peu élevée comparativement à leur rendement moyen. » Elle s’élève à 2,69 %. La volatilité moyenne ressort à 7,2 %. Le ratio de Sharpe de 0,76 est nettement supérieur à celui affiché par les autres classes d’actifs (0,23 pour les actions, 0,68 pour les obligations et 0,16 pour les matières premières).

Des indices biaisés

Néanmoins, dans les faits, il paraît difficile de répliquer ces performances dans un portefeuille. Si le biais du survivant (problème de la disparition des fonds) est aujourd’hui pris en compte dans les indices, ce n’est pas le cas pour le biais de reporting : « Les fonds fournissent les données de façon volontaire, et ils pourraient ne pas le faire quand leurs performances sont moins bonnes. Or ce biais est difficile à corriger », indique Serge Darolles. Autre limite de l’étude, elle compare des indices hedge funds non investissables avec des indices action, obligation et matières premières investissables. « Les indices de ‘hedge funds’ agrègent les performances de milliers de fonds, poursuit-il. Personne ne peut investir directement dans autant de produits. Il paraît donc difficile de reproduire la même performance et surtout d’atteindre la volatilité communiquée dans l’étude. »

Par ailleurs, quel serait le résultat si l’on ramenait l’analyse à la période récente de crise (2008-2011) ? « On pourrait bien sûr raisonner avec un horizon de placement plus court, estime Cyril Julliard. Même dans ce cas, dans une situation de marché que l’on peut considérer comme exceptionnelle et n’arrivant qu’une fois tous les cinquante ans, les ‘hedge funds’ ont dans l’ensemble protégé le capital. » Pour Eric Debonnet, responsable de Hedge Fund Solutions chez Theam (BNPP IP), l’erreur, au cours des dix dernières années, a été de vendre ce style de gestion comme un produit de protection offrant du rendement. « L’investisseur ne doit pas acheter un ‘hedge fund’ avec l’espoir de gagner à tous les coups de l’argent quand les marchés actions baissent, souligne le spécialiste de BNPP IP. Plus qu’une classe d’actifs, c’est un style de gestion avec plus de flexibilité. » Dans le contexte actuel de taux bas, il est illusoire de rechercher à la fois un rendement absolu élevé, de l’ordre de 6 % à 7 %, en se décorrélant des autres classes d’actifs. « Soit on cherche avant tout de la performance, et dans ce cas il faut accepter de prendre des paris et donc d’être corrélé aux actifs risqués, ce qui n’est plus possible pour un certain nombre d’investisseurs. Soit on ne veut pas être corrélé, et il faut choisir des stratégies peu corrélées comme les CTA, les ‘market neutral’ ou les ‘relative value’ avec un espoir de performance nette de 3-5 % par an », explique-t-il. Ce spécialiste estime néanmoins cette perspective de rendement comme correcte. Elle correspond d’ailleurs à la génération moyenne d’alpha des hedge funds qui a été de 4,2 % par an, selon KPMG.

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