La hausse de la TVA ampute la consommation des Espagnols

le 13/12/2012 L'AGEFI Hebdo

Avec le relèvement de la fiscalité indirecte en septembre, les ventes de détail ont plongé d'un seul coup de 10 %.

Voila une histoire concrète d’austérité budgétaire qui peut servir d’exemple aux gouvernements européens tentés par des hausses de taxes indirectes pour réduire leurs déficits budgétaires sur fond de conjoncture économique délabrée. Sous la pression de la Commission européenne et du Fonds monétaire international (FMI), le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy annonçait au cours du mois de juillet une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée applicable au 1er septembre : de 18 % à 21 % pour le taux principal et de 8 % à 10 % pour les transports et le tourisme ; le taux réduit de 4 % était maintenu pour les produits de première nécessité, exception faite des fournitures scolaires, dont le taux passait de 4 % à 21 %, et des activités culturelles, désormais imposées à 21 % au lieu de 8 %.

Avec cette mesure, le gouvernement espagnol espère engranger 9,5 milliards d’euros destinés à réduire le déficit budgétaire (6,3 % du PIB en 2012). Sauf qu’avec une hausse de la TVA en plein marasme économique, le risque est grand de ne pas encaisser toutes les recettes fiscales supplémentaires attendues. Les ventes de détail ont chuté d’un coup de 10 % cet automne par rapport à la période correspondante de 2011. Le secteur des biens d’équipement des ménages a chuté de 15 %. Même le poste alimentaire a diminué de plus de 3 %. Lors de la dernière augmentation de la TVA adoptée en 2010 par le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, le gouvernement n’avait réussi à faire rentrer dans les caisses de l’Etat que 3,6 milliards d’euros au lieu des 5 milliards escomptés. Miguel Cardoso, économiste en chef de BBVA Research, reconnaît que les recettes peuvent être inférieures aux prévisions du gouvernement, mais « le plus important est l’impact à moyen et long terme de cette mesure sur les comptes publics ». Une chose est sûre, le gouvernement a admis ces derniers jours qu’il n’atteindra pas son objectif de déficit public qui se situera en fin d’année autour de 6,8 % ; et encore, à la condition que les régions jouent le jeu dans le domaine fiscal et que la consommation des ménages en cette veille de Noël corresponde bien aux prévisions. Ce qui représente un pari hasardeux.

Factures

Très vite, les associations professionnelles ont sonné l’alerte sur les conséquences de cette hausse des taxes indirectes. Les associations du secteur culturel (où la TVA a bondi de 13 points) ont fait savoir que le relèvement de la TVA avait provoqué en deux mois la perte de plus d’un million de spectateurs pour les spectacles de musique et de scène comparé à 2011. Constat analogue dans le secteur touristique, moteur survivant de l’économie espagnole. Le lobby du tourisme a calculé que la mesure fera perdre à l’Etat plus d’un milliard d’euros en un an, tout en provoquant de lourdes pertes pour les entreprises et la destruction de plus de 9.000 emplois directs dans un secteur jusqu’à présent épargné par la crise. Pour les ventes au détail et le commerce, même son de cloche : la Confédération espagnole des commerces prévoit la disparition de 75.000 petits commerces et les grandes surfaces ne peuvent que constater la chute de leurs ventes.

Dans un pays miné par la crise, l’austérité budgétaire, un chômage galopant qui affiche le record de 4,9 millions de demandeurs d’emploi et un salaire minimum de 670 euros, l’heure n’est plus aux dépenses pour les ménages. Selon l’association des consommateurs OCU, la hausse de la TVA grèvera le budget des familles espagnoles de 470 euros sur un an, soit deux fois plus qu’en 2010. Mais en 2010, la crise n’avait pas l’ampleur actuelle. Les prévisions économiques de l’Association des caisses d’épargne Funcas pour 2013 sont à cet égard inquiétantes : diminution de la consommation privée de 3,3 % en 2013 et de 4,9 % pour les administrations publiques, augmentation du chômage à 27,1 % de la population active et déficit public à 8,4 % en tenant compte de la recapitalisation des banques. Quant au PIB, il chuterait de 1,6 % en 2013 (après -1,4 % en 2012), en raison du repli de la consommation des ménages.

Pour autant, le relèvement de la TVA a ses défenseurs. Miguel Cardoso estime que c’est la meilleure mesure après la réduction des dépenses inutiles : « C’est l’impôt qui affecte le moins la croissance économique et la perte de compétitivité », assure-t-il. Et cette hausse permettra, selon lui, de converger vers un niveau d’imposition similaire à la moyenne européenne. Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières, y décèle au contraire plus d’effets néfastes que d’avantages. Non seulement cette hausse paralyse la consommation privée dont l’Espagne aurait tant besoin, mais en plus elle incite à la fraude fiscale.

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