Groupama AM rationalise son architecture informatique

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Afin de réduire les risques et de faire un saut technologique, la société de gestion a mis en place un outil unique pour son middle et son front-office.

Imposer un nouvel outil technologique aux gestionnaires d’actifs n’est jamais chose aisée. Thierry Dubernay a pu le constater lorsqu’il a pris ses fonctions de DSI (directeur des systèmes d’information) chez Groupama Asset Management début 2010. A l’époque, la filiale de la première mutuelle d’assurance en France était déjà équipée d’un logiciel de gestion de portefeuilles développé par la société Sophis (rachetée, en novembre 2010 par l’éditeur Misys).

Mais de nombreux gérants se désintéressaient de cette solution, préférant utiliser leurs propres outils - souvent développés sur Excel - quitte parfois à engendrer une double saisie, entre front-office et middle-office. Un véritable casse-tête pour la DSI : « Nous souhaitions réduire au maximum le potentiel de risques du fait d’opérations réalisées sur différents systèmes », précise Thierry Dubernay. Un désintérêt accentué par le fait que la solution n’avait pas été mise à jour depuis son intégration dans l’entreprise en 2007 et avait été déployée pour un périmètre fonctionnel réduit (la gestion des taux).

En juin 2010, Groupama AM, soucieux de mettre en place un outil unique pour le middle et le front-office, décide de basculer vers la nouvelle version du logiciel, Sophis Value. « Elle offrait plusieurs avantages, souligne Thierry Dubernay. D’abord sur le plan fonctionnel, elle proposait une couverture plus large. Par ailleurs, il s’agissait réellement d’un changement technologique. » Pour la direction informatique, l’objectif est de redonner aux gérants (une centaine environ) l’envie d’utiliser l’outil.

Mais l’intérêt pour la DSI est surtout d’avoir une seule solution par laquelle transitent tous les flux de données. Une fois le projet validé (nom de code Khéops), Thierry Dubernay décide de lancer une montée en version à « marche forcée afin de créer un nouvel environnement et pour permettre aux utilisateurs de disposer rapidement de nouvelles fonctionnalités ». En juillet et août 2010, il met en place des ateliers, mène des mini-chantiers et, étonnamment en cette période estivale, « la participation est bonne et les gérants semblent vraiment intéressés. Cela leur a permis de voir toutes les potentialités de l’outil ». Et même pour certains, qui n’étaient jamais vraiment entrés dans l’ancienne version du progiciel, de découvrir certaines fonctionnalités déjà existantes !

Un planning respecté

Le projet Khéops, qui a véritablement démarré en novembre 2010, comporte trois étapes. D’abord, un basculement sur la nouvelle version dans le périmètre existant. Ensuite, l’ouverture à de nouvelles fonctionnalités (simulation, tables de négociation, analyse de portefeuilles...) et enfin, l’intégration de l’activité actions. Pour le bon déploiement du projet et « afin que les gens se parlent et travaillent ensemble », Thierry Dubernay choisit de regrouper toutes les personnes concernées (business analysts, informaticiens...) sur un même plateau.

L’objectif est d’aller vite et de basculer vers la nouvelle version « en big bang » avec un retour possible pendant seulement quinze jours. « Au début du mois de décembre, nous avons annoncé aux utilisateurs que le basculement aurait lieu le week-end des 5 et 6 février 2011, relate Thierry Dubernay. C’est ce que nous avons fait avec succès après deux bascules à blanc qui ont permis de tester le système et de corriger certains problèmes. »

Durant tout le mois de février, la DSI de Groupama AM (70 % de prestataires externes et 30 % de personnel en interne) a été constamment accompagnée par l’équipe de Sophis qui est intervenue pour gérer les quelques incidents consécutifs non pas réellement à la solution elle-même, mais à l’architecture sous Windows « d’une fragilité redoutable surtout quand on la compare à la robustesse des grands systèmes », indique Thierry Dubernay. Néanmoins, ces désagréments n’ont pas empêché le projet Khéops de se déployer selon le planning prévu initialement. « Peu à peu, nous avons intégré des nouvelles fonctionnalités, notamment la mise en œuvre des contraintes ‘pre-trade’ qui augmente considérablement notre niveau de contrôle », explique le DSI.

Aujourd’hui, Groupama AM achève la deuxième phase du projet Khéops et tire un premier bilan globalement satisfaisant : « Grâce aux fonctionnalités d’analyse ‘pre-trade’, les contrôles sont plus faciles et les recherches en cas de problèmes plus efficaces, note Thierry Dubernay. Nous avons pu le constater dès le mois de mars à la suite de la catastrophe de Fukushima qui a engendré d’énormes volumes d’échanges que nous avons pu gérer sans problème. » Celui-ci apprécie également l’évolution technologique de la solution et le fait que Sophis Value permette, en fonction de l’activité de l’entreprise, la gestion alternative ou classique (voir le schéma). Seul bémol pour le moment, la résistance au changement est une attitude habituelle dans ce type de projet qui a des livraisons cadencées. Mais Thierry Dubernay reste optimiste : « Pour donner confiance aux utilisateurs, il est important de montrer qu’un tel projet peut se dérouler dans les délais et que nous respectons nos engagements. »

Intégration de l’activité actions

Dans les prochaines semaines, c’est à la troisième phase du projet, l’intégration de l’activité actions, que va s’attaquer la direction informatique de Groupama AM : « C’est une phase délicate car elle est basée sur le décommissionnement d’applications anciennes qui ont des ‘ramifications’ cachées dans de nombreuses applications, notamment le ‘reporting’. » Pour permettre ce décommissionnement, un entrepôt de données est en cours de construction.

Il permettra à toutes les applications d’analyse et de reporting (exemple : DICI) de partager des données intègres et certifiées. « Lorsque l’entrepôt de données sera en œuvre, nous pourrons alors décommissionner les applications et avoir l’ensemble des instruments et des ‘desks’ dans Sophis Value, créant ainsi la colonne vertébrale de notre activité, prévoit Thierry Dubernay. Cela simplifiera énormément la gestion car aujourd’hui, nous avons deux canaux différents. Le premier pour les taux et le second pour les actions, impliquant des ‘reportings’ croisés et donc des opérations complexes et assez longues. Avec le ‘datawarehouse’, nous n’aurons plus qu’un seul canal pour toutes les opérations. »

Un entrepôt de données qui, comme tous les systèmes d’information de Groupama AM, va être hébergé dans les locaux de la société au cœur de Paris (« avec un système complet de sauvegarde et de reprise d’activité en région parisienne »), en attendant peut être d’évoluer dans les prochaines années vers un mode cloud computing.

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