Grèce, les Européens doivent remettre la main à la poche

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Athènes a besoin d’une rallonge de 11 milliards d’euros en 2014-2015, et davantage à plus long terme.

A quelques jours des élections fédérales du 22 septembre, le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble a admis publiquement que la Grèce avait besoin d’un troisième plan d’aide, alors que la chancelière Angela Merkel ne souhaitait pas aborder le sujet avant 2014. Il s’agit pourtant d’un secret de polichinelle. Après avoir déboursé 214,5 milliards d’euros sur 237,3 milliards prévus, et imposé une décote de 106 milliards à la dette publique détenue par les investisseurs privés, le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne ont à nouveau identifié un besoin de financement non couvert dans le programme grec. Selon l’institution de Washington, celui-ci apparaîtra à partir d’août 2014 et pourrait s’élever à 4,4 milliards d’euros l’an prochain et à 6,5 milliards en 2015. Une partie de ce nouveau besoin est due au refus des banques centrales de la zone euro de reconduire leurs titres grecs arrivant à échéance (rollover), comme prévu initialement dans le deuxième plan d’aide. Or le FMI exige que ses programmes soient entièrement financés sur une période de 12 mois. Lors du prochain examen du plan grec en septembre-octobre, les Européens devraient donc être obligés de mettre à nouveau la main à la poche.

Athènes et ses bailleurs de fonds se préparent à une nouvelle négociation. Pour le FMI, il est hors de question d’accepter des prêts supplémentaires, qui gonfleraient le ratio dette/PIB à un niveau insoutenable (il est déjà prévu à 175,7 % fin 2013). Pour le gouvernement grec, dont la coalition ne tient qu’à un fil (sa majorité n’est plus que de trois sièges au Parlement), il est difficile de faire passer d’autres mesures de rigueur budgétaire. Plusieurs options sont sur la table : baisser une nouvelle fois les taux d’intérêt et allonger les maturités des prêts en cours, utiliser le reste des fonds prévus pour la recapitalisation des banques (7 milliards d’euros), ou encore les fonds structurels européens. « Une grande partie du besoin de financement des trois prochaines années découle du remboursement des obligations détenues par la Banque centrale européenne (BCE), indique Giada Giani, économiste de Citi. Une restructuration de ces obligations serait difficile et nécessiterait certaines astuces financières pour permettre à la BCE de sauvegarder son indépendance et d’éviter de se livrer à du financement monétaire. » Le risque, au cours de la négociation, est d’ébranler la confiance fragile que la Grèce est en train de regagner, voire de raviver les craintes de la voir sortir de la zone euro.

Lueur d’espoir

En effet, après un ajustement du solde primaire corrigé des variations conjoncturelles de plus de 15 % du PIB depuis 2009, et une chute du PIB de presque 25 % depuis 2007, la Grèce aperçoit le bout du tunnel. Le FMI et la Commission prévoient un excédent primaire dès cette année, et un retour de la croissance, tirée par l’investissement et les exportations, l’an prochain (+0,6 %). De plus, grâce à la baisse des importations et à la hausse des recettes du tourisme, la balance courante s’améliore peu à peu (-3,4 % du PIB en 2012 et -0,8 % prévu cette année). Dans ce contexte, le ministre des Finances grec Yannis Stournaras envisage un retour sur les marchés financiers au second semestre 2014.

Le FMI et la Commission saluent les efforts accomplis, mais ils insistent sur la nécessité de mettre en œuvre des réformes structurelles. « L’économie est en train de se rééquilibrer, mais elle continue de le faire par la récession et non grâce à des réformes améliorant la productivité », observe le FMI. En particulier, la baisse drastique des salaires (de plus de 20 % depuis 2010) n’a pas été entièrement répercutée sur les prix, notamment parce que certains marchés n’ont pas été suffisamment libéralisés. Autre mauvais point : le programme de privatisation est en retard. Après l’échec de la vente de la compagnie nationale de gaz naturel DEPA à Gazprom en juin, son objectif de recettes a été revu à la baisse, de 2,5 milliards d’euros à 1,6 milliard cette année.

A plus long terme, même si les prévisions très optimistes du FMI et de la Commission se réalisent (une croissance supérieure à 3 % à partir de 2016, 22 milliards d’euros de privatisation d’ici à 2020…), la trajectoire de la dette publique n’est soutenable que si les Européens honorent leur promesse de novembre 2012 d’aider la Grèce, une fois qu’elle connaîtra un excédent primaire, à la ramener à 175 % du PIB en 2016, à 124 % en 2020 et à moins de 110 % en 2022. Le FMI estime d’ores et déjà que cet engagement implique des « mesures d’allègement » de près de 4 % du PIB, à déterminer en 2014-2015. La question d’un effacement d’une partie de la dette, dont l’Allemagne ne veut pas entendre parler, est à nouveau posée.

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