Les grands de la gestion d’actifs font preuve d’appétit pour l’ISR

le 07/03/2013 L'AGEFI Hebdo

A l’instar de Groupama AM, Amundi ou OFI, les sociétés convertissent davantage de fonds sous ce label. Les critères ESG gagnent en importance.

En ces temps difficiles pour l’industrie de la gestion d’actifs, l’investissement socialement responsable (ISR) continue d’avoir le vent en poupe. Sur une collecte nette de 565 millions d’euros en 2012, Groupama Asset Management (Groupama AM) a ainsi enregistré 300 millions d’euros de souscriptions nettes sur ses produits ISR hors monétaires, portant ses encours à 9,4 milliards d’euros (10 % du total). Amundi, qui revendique 48 % du marché français de l’ISR, a pour sa part collecté 3,5 milliards d’euros nets sur les OPCMV ISR ouverts (hors fonds dédiés et mandats) distribués en France, selon les données du cabinet de recherche Novethic. Quant au Groupe OFI, ses encours sur ces mêmes fonds ont dépassé les 5 milliards d’euros, grâce à un milliard d’euros de flux nets. Au total, en 2012, les encours des fonds ISR ouverts distribués dans l’Hexagone ont bondi de 19,4 %, pour atteindre 76,7 milliards d’euros. « L’ISR représente 7,8 % des encours des fonds ouverts de droit français, contre 3,59 % en 2010 », souligne Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic.

Des conversions massives

Cette forte progression doit beaucoup au changement de politique des sociétés de gestion, qui ont décidé de passer l’ensemble de leur gestion au crible du label ISR ou des critères ESG (environnemental, social, gouvernance). Résultat : elles ont procédé à de massives conversions de fonds classiques sous le label ISR, pour un montant de 8,3 milliards d’euros d’encours en 2012, après 20 milliards en 2011. « Nous répondons de plus en plus à la demande des clients qui ont un besoin accru d’intégration des critères ESG, explique Joseph Pinto, responsable du marketing et de la stratégie d’investissement chez Axa IM, qui gère environ 2 milliards d’euros en ISR. Nous avons dix spécialistes qui conseillent les gérants dans l’intégration de ces références et nous avons gagné des mandats sur ce terrain. Ces critères doivent être intégrés sur toutes nos classes d’actifs. » De fait, après les fonds traditionnels d’Axa IM, ces critères ESG vont être étendus aux produits d’Axa Framlington (gestion fondamentales actions), avant d’être appliqués à sa gamme obligataire puis aux fonds d’obligations souveraines en 2014. Chez Amundi, qui totalise 65,8 milliards d’euros d’encours ISR tous fonds confondus - soit 9,04 % de ses actifs gérés -, l’intégration des critères ESG concerne aujourd’hui 95 % de ses actifs sous gestion. Pour autant, « si la conversion des fonds crée du volume, il n’est pas dit que cela crée une dynamique, regrette Anne-Catherine Husson-Traore. Le principal enjeu pour l’ISR, c’est que l’offre qui s’est construite puisse trouver des clients pour enclencher une réelle dynamique de marché. »

Les sociétés de gestion ne ménagent pourtant pas leurs efforts pour donner une nouvelle impulsion au développement de leurs offres ISR. « Nous allons dévoiler un nouveau plan stratégique en avril en étudiant en amont comment intégrer davantage les critères ESG à l’ensemble de notre gestion », a annoncé Francis Ailhaud, directeur général de Groupama AM. Pour sa part, Natixis Asset Management (Natixis AM), s’est dotée d’un pôle d’expertise dédié. Baptisé Mirova, il détient 4,1 milliards d’euros d’encours en gestion actions ISR et 7,4 milliards en conseil sur les stratégies ESG et ISR. « Notre approche se distingue de celle des autres acteurs du marché par le choix d’une gestion fondamentale de conviction, consistant à sélectionner les entreprises apportant des solutions aux enjeux de développement durable et ayant la capacité de délivrer de la performance sur le long terme », indique Christophe Da Silva, directeur solutions épargne et retraite entreprises chez Natixis AM. Son ambition est de « devenir un leader dans ce domaine sur la scène internationale ».

Le plus dur reste cependant à venir : séduire des clients institutionnels qui se font encore désirer. « En 2007, 60 % de ces investisseurs interrogés disaient vouloir faire de l’ISR, remarque Anne-Catherine Husson-Traore. Or cette intention ne s’est pas matérialisée dans les encours. » A contrario, les sociétés de gestion peuvent toujours compter sur l’épargne salariale pour promouvoir les fonds ISR auprès de particuliers particulièrement friands de ce type d’offres. Au 30 juin, les investissements dans les fonds ISR totalisaient ainsi 13,1 milliards d’euros, en croissance de 33 %. « Aujourd’hui, 1 euro sur 4 en épargne salariale est investi en fonds ISR, hors actionnariat salarié », explique Pierre Schereck, directeur de l’épargne salariale et de l’ISR chez Amundi. Une manne qui ne devrait pas se tarir de sitôt. « De plus en plus de salariés sont en quête de sens pour leur épargne et nous sommes convaincus que l’ISR peut contribuer à reconnecter la finance et l’économie réelle », conclut Christophe Da Silva.

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