Centenaire de L'Agefi - Volet 6

La grande grève des typographes

le 31/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Le 13 février 1947, la France se réveille sans journaux. Une fois de plus... Depuis plus d’un an, la presse nationale a connu des arrêts de travail à répétition dans les imprimeries, les ouvriers participant à la fabrication des journaux réclamant des augmentations de salaires à deux chiffres pour compenser l’inflation galopante. Mais cette fois, l’alerte est plus sérieuse. Quelques mois plus tôt, la Fédération du Livre, qui représente les ouvriers des imprimeries, avait claqué la porte d’une grande « Conférence nationale de la Presse » réunie par les pouvoirs publics pour tenter d’apporter des réponses aux difficultés économiques du secteur. Elle avait exigé unilatéralement que chaque journal verse une forte prime quotidienne à chaque ouvrier typographe. Prime qui venait s’ajouter à des salaires déjà hors normes à l’époque et qui avaient été dénoncés publiquement quelques mois plus tôt par le ministre - communiste - du Travail. Les finances fragiles de la plupart des journaux ne leur permettaient pas de satisfaire cette exigence. Mi-février, les typographes engageaient l’épreuve de force. La grève durera 31 jours et s’achèvera sur un compromis bâtard. Les éditeurs obtiendront une augmentation - largement fictive - de la production avec une parution des quotidiens sur sept jours (le repos hebdomadaire se fera par roulements) tandis que les typographes verront leurs salaires relevés de 17 %. L’esprit de concorde sociale dans le secteur héritée de la Résistance en sortira durablement affecté.

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