Un grand pôle italien de gestion collective pourrait voir le jour

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Alors que trois groupes étrangers sont candidats au rachat de Pioneer, l’hypothèse d’une solution nationale à travers une alliance avec Eurizon est désormais envisagée.

Si rien n’est confirmé, l’hypothèse d’un rapprochement entre Pioneer Investments, la filiale de gestion d’actifs d’UniCredit, et Eurizon Capital, son concurrent du groupe Intesa Sanpaolo, afin de créer un grand pôle italien de la gestion collective, fait son chemin. Se retranchant derrière un « no comment », le patron d’UniCredit Federico Ghizzoni a juste répété que « les offres formelles pour le rachat de Pioneer devaient être présentées d’ici à fin mars ».

Le processus de la vente, annoncée à l’automne par UniCredit, suit son cours. Trois candidats ont déclaré jusqu’ici leur intérêt : les français Amundi (filiale du Crédit Agricole et de Société Générale) et Natixis, ainsi que le britannique Resolution. Mais ils sont de plus en plus nombreux, dans la péninsule, à lancer des appels en faveur d’une solution italienne. Le premier est Giuseppe Guzzetti, le patron de la puissante fondation bancaire Cariplo, l’un des principaux actionnaires d’Intesa Sanpaolo avec 4,68 %. Fin janvier, il s’est déclaré favorable à une opération « permettant à l’épargne italienne d’être gérée par des institutions italiennes ». La semaine suivante, Angelo Benessia, numéro un de la Compagnia San Paolo, autre fondation actionnaire d’Intesa, a indiqué qu’il partageait cette idée, qu’il a qualifiée « d’opération de système ». Sans se prononcer publiquement, la Banque d’Italie, le gendarme de la Bourse Consob et le Ministère du Trésor verraient eux aussi plutôt d’un bon œil la création d’un « champion national », selon la presse italienne. « Pioneer et Eurizon sont parmi les sociétés les plus actives dans l’achat de titres d’Etat. Une quantité importante de notre dette publique passe par eux, d’où l’inquiétude de voir passer en mains étrangères ces grands gestionnaires de l’épargne italienne », explique Massimo Arrighi, partenaire de la société de conseil AT Kearney, qui met en garde : « Céder ces deux entités, qui gèrent à elles seules près de 350 milliards d’euros d’actifs, signifie effacer, de fait, la gestion collective de l’Italie. Le deuxième compétiteur derrière eux atteint à peine les 40 milliards d’actifs gérés… » La péninsule perdrait par ailleurs un rôle dans la gestion d’actifs européenne, après s’être déjà désengagée de l’activité de banque dépositaire avec les ventes dans ce secteur d’Intesa San Paolo à l’américain State Street Corporation, d’UniCredit à Société Générale Securities Services et de la banque lombarde Ubi à RBC Dexia.

« Pour mener à bien cette fusion entre Pioneer et Eurizon, il faudrait impliquer un investisseur institutionnel ou un partenaire financier de ‘private equity’ disposé à investir à moyen-long terme pour construire une plate-forme italienne de référence dans la gestion collective, qui soit indépendante et capable de créer des synergies en toute autonomie, analyse Massimo Arrighi. Cela permettrait à UniCredit et à Intesa, en descendant sous les 50 % dans le capital de cette entité, de déconsolider cette activité et de voir, à terme, leur actif valorisé avec une éventuelle introduction en Bourse. »

Synergies

Selon certains experts, ce mariage entre Pioneer et Eurizon pourrait néanmoins créer un problème de concentration. « Ce colosse détiendrait plus d’un tiers du marché, c’est pourquoi son capital devrait être ouvert à de nouveaux actionnaires, par exemple les fondations », note un analyste milanais. Sans compter que l’autorité antitrust pourrait aussi s’interroger sur la structure actionnaire de ce nouveau pôle issu des deux principales banques du pays… « En fusionnant avec Eurizon, Pioneer augmenterait sa masse d’actifs gérés et donc sa rentabilité, mais cela ne lui permettrait pas d’améliorer son offre commerciale, Eurizon ayant plus ou moins sa même capacité d’innovation en ce qui concerne les produits », poursuit l’analyste.

Si l’opération devait se faire, Amundi y perdrait l’occasion de pénétrer le marché italien en position de force et « surtout d’accéder au réseau de distribution d’UniCredit en dehors de l’Italie, en particulier en Europe de l’Est », conclut-il. D’autres considèrent en revanche qu’hormis la réalisation d’économies d’échelle, ce rachat apporterait peu aux candidats français à la reprise. Le coût de l’opération apparaissant plutôt élevé, puisque Pioneer est valorisé, d’après la presse italienne, autour de 2,5 milliards d’euros.

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