L'avis de... Jim Leaviss, gérant obligataire chez M&G

« Le gouverneur n’aura pas les outils suffisants pour générer de la croissance »

le 09/05/2013 L'AGEFI Hebdo

L’arrivée de Mark Carney à la tête de la Banque d’Angleterre est très attendue. De quelle marge de manœuvre dispose-t-il ?

Le chancelier de l’Echiquier George Osborne, qui a fait de l’austérité budgétaire les fondements de sa politique, compte beaucoup sur l’activisme du nouveau gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE) pour assurer le redressement du pays. Il y a peu de chances que George Osborne modifie sa trajectoire, même si les fondements intellectuels de sa politique d’austérité ont récemment été mis à mal par la découverte des failles de l’étude Rogoff/Reinhart, au centre du débat des trois dernières années sur l’austérité. Lors de la publication du Budget, le chancelier de l’Echiquier a révisé le mandat de la BoE en introduisant un peu plus de flexibilité dans la cible sur l’inflation. Cette décision ne fait cependant qu’entériner l’action de la BoE au cours de ces cinq dernières années, où la cible d’inflation de 2 % a été manquée de façon répétée. Ces légères modifications dans le remaniement du cadre de la politique monétaire rendent peu probable un glissement de la politique monétaire vers une cible de PIB nominal, un projet qui a reçu le soutien de Mark Carney par le passé. Dans un contexte d’activité économique anémique la marge de manœuvre du nouveau gouverneur reste limitée, d’autant que les outils dont il dispose sont insuffisants pour générer une croissance significative. Le salut du Royaume-Uni pourrait en revanche provenir de l’extérieur : une amélioration des conditions dans la zone euro, le principal partenaire économique du Royaume-Uni, de même que le retour d'une forte croissance aux Etats-Unis pourraient donner un coup de pouce significatif au pays. De manière générale, il est peu probable que nous constations une évolution de la politique monétaire d’ici au troisième trimestre de cette année, hormis peut-être une évolution de la BoE vers une communication plus explicite.

Que retiendra l’histoire du passage de Mervyn King à la Banque d’Angleterre ?

Grâce au gouverneur sortant, la création d’un cadre de conduite de la politique monétaire, fondé sur une cible explicite de maîtrise de l'inflation, a créé une véritable culture au sein de la BoE. En revanche, cette orientation très poussée s’est faite au détriment d’un certain nombre d’autres mandats de la BoE, et en particulier la stabilité financière. L’image de Mervyn King risque d’être associée longtemps à la débâcle de la banque de dépôt Northern Rock.

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